Les Yamaha sont des pianos très stable

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10 PENSER LA MUSIQUE

— Tant pis ! j'en serais navré ; mais nous vivons à quelque cinquante ans de distance...
— Le « conditionnement », en somme !
— Parfaitement ! la situation est loin d'être similaire, il nous faut réagir autrement : l'intuition s'applique à des objectifs différents. Il est nécessaire pour cela de montrer quelques notes de gaz et d'électricité, de démonter quelques montres...
— Auriez-vous mauvaise conscience ? Quel vertige vous saisit ! Est-ce moi qui dois vous donner courage ?
— Courage ? Non point ! Quant au vertige... Il faut l'avouer : la ligne de crête est si étroite qu'on y avance quelquefois en mettant un pied devant l'autre. Comme il est malaisé d'être libre et discipliné !
— La mélancolie vous gagne, et l'attendrissement sur vous-même ! Pour peu que vous continuiez ainsi, vous me contraindrez à partager vos opinions, jusqu'aux plus extrêmes I Votre scrupule augmente les miens, et je me reproche presque de vous avoir tenu pour sectaire...
— Soyez sans crainte ! je suis assez sectaire pour ne pas redouter le vertige.
— Coup de talon ! vous refaites surface ! et vous me redevenez terriblement suspect !
— Que vous disais-je : « Le musicien »...

I
Considérations générales
Songeant à la somme des études, et articles les plus importants parus depuis une dizaine d'années, nous pouvons, grosso modo, les départager en deux catégories : ceux qui se proposent un bilan critique de l'époque précédente en ses phases différentes, sous ses divers aspects — selon les personnalités créatrices, les développements d'ensemble, les découvertes de détail ; ceux qui s'attachent à un point particulier du développement actuel, à la description d'une oeuvre récente, à la justification d'un travail en cours. Je ne considère pas comme significatifs certains aperçus qui se voudraient déjà « historiques » sur la situation présente et qui tiennent à la fois du reportage journalistique, de la distribution de prix et de la Carte du Tendre ; le « bavardage tactique » dont relèvent de tels exposés ne peut faire illusion, ni suppléer à la faiblesse de pensée et au manque total d'études sérieuses à partir des textes. L'on ne saurait, en outre, comprendre autrement que comme « récitals poétiques » d'acteurs-amateurs, les confessions publiques au vieux parfum Dada, « 0 alter Duft aus Mârchenzeit », où un humour, qui se voudrait radical, se rabaisse à l'esprit de commis-voyageur et à l'autobiographie exhibitionniste ; la matière en est mince, la façon dilettante : aucun cirque n'engagerait ces clowns pâles. Au mieux, ils sont parfois rafraîchissants... coca cola is good for you
La plupart des études sur la période immédiatement précédente sont d'un intérêt soutenu pour deux raisons : le choix de l'objet analysé, et l'analyse elle-même. J'ai, plusieurs fois déjà, fait remarquer qu'une analyse n'avait

12 PENSER LA MUSIQUE CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 13

d'intérêt véritable que dans la mesure où elle était active et ne saurait être fructueuse qu'en fonction des déductions et conséquences pour le futur.
Il convient ici de préciser mes vues pour éviter tout malentendu sur la méthode et la fonction analytiques. Nous avons, çà et là, assisté à une abondante floraison d'analyses plus ou moins absurdes qui, sous divers prétextes — phénoménologie, statistique... — ont abouti à une dégradation, à une caricature déplorables. Il n'y a guère, les analyses « comptables » étaient presque parvenues à déconsidérer l'objet qu'elles se proposaient comme but d'une étude exhaustive ; ainsi en va-t-il, plus récemment, pour ces investigations à base de statistique et d'information, qui reviennent à compter les fruits d'un arbre, ou à les décrire sans tenir compte de l'arbre lui- même et en ignorant impavidement le processus de fécon-dation. Nous sommes saturés de ces immenses tableaux aux symboles dérisoires, miroirs de néant, horaires fictifs de trains qui ne partiront point ! On constate l'existence des phénomènes sans leur chercher d'explication cohé-rente, mais on est bien empêché de déduire de ce constat autre chose que des périodicités évidentes ou des irrégula-rités non moins évidentes, c'est-à-dire les profils les plus élémentaires. Il y a également — mais je n'en parle que pour mémoire — une forme de paraphrase qui consiste à transcrire graphiquement les symboles notés d'une partition. Cela revient à une transposition sommaire de résultats déjà circonscrits à l'aide d'une symbolique plus perfectionnée ; de l'oeuvre à sa description, on observe, par conséquent, un notoire affaiblissement : l'on ne saurait accepter comme moyen d'investigation une démarche qui n'arrive même pas à rendre compte des structures étudiées, aussi finement que leur notation originale ; cette manie graphique tourne aisément à la pratique d'analphabète. Il se produit encore une confusion entre l'exposé des structures résultantes obtenues par un ensemble déterminé de procédés d'engendrement ou de combinaison, et l'inves-tigation que suppose l'étude réelle des procédés eux- mêmes, de l'ensemble de leurs caractères : effets et causes sont allégrement échangés. L'exposé de telles structures peut être fort bien vu, avec perspicacité même, présenté clairement et intelligemment ; il n'en reste pas moins que, si l'on s'en tient là, on est demeuré fort loin d'une véritable méthode analytique. Constater et décrire ne sont, au mieux, qu'un seuil.
Dans le meilleur des cas, nous nous trouvons face à un « calcul » des événements musicaux : or, calcul et pensée ne se laissent pas réduire à une même opération. Comment procéder alors ? Doit-on retrouver les réflexions de l'auteur, les voies qui l'ont amené d'une idée générale sans doute assez vague — par la recherche et l'application des moyens appropriés, d'une méthode adéquate — jusqu'à l'aboutissement d'une forme parfaitement déterminée ? Il ne me paraît point que, hors du cas où l'on voudrait étudier la psychologie elle-même de l'auteur-en-train-decomposer, cette sorte d'approche soit très fructueuse ; elle a, en outre, le désavantage — si j'ose dire — de circonscrire fermement l'oeuvre dans les limites de l'imagination créatrice de cet auteur : contrainte paralysante, car il reste primordial, à mon sens, de sauvegarder le potentiel d'inconnu enclos dans un chef-d'oeuvre. Je demeure persuadé que l'auteur, aussi perspicace soit-il, ne peut concevoir les conséquences — proches ou lointaines — de ce qu'il a écrit, et que son optique n'est pas forcément plus aiguë que celle de l'analyste (tel que je le conçois). Certains procédés, résultats, manières d'inventer, vieilliront ou bien resteront purement personnels, qui lui avaient paru primordiaux lorsqu'il les a découverts ; et il aura considéré comme négligeables ou comme détails secondaires des aperçus qui se révéleront, tardivement, d'impor

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