Walking basse main gauche

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pesante et dénuée d'esprit ; ne pas prendre au mot le titre de l'affreuse romance intitulée Ne m'oubliez pas (n° 10, en mi mineur, andante) et la laisser à sa poussière, en compagnie de la Rêverie de printemps (n° 19, en la majeur, allegro moderato), morne souvenir de Mendelssohn, et de l'inutile et tapageuse Marche (n° 21, en si bémol majeur, allegro moderato).
On peut retenir le Nocturne (n° 3, en ré bémol majeur, andante sostenuto), à l'ornementation délicate ; et même la Petite Ballade (n° 4, en ut dièse mineur, fin en ré bémol majeur), qui alterne allegro et moderato comme autant de sections narratives ; accepter aussi bien le pastiche appliqué de In modo antico (n° 8, en mi bémol mineur, andante), avec son lourd rythme pointé, que le frétillement attendu de Papillon (n° 9, en mi majeur, vivace) ; s'apitoyer un moment avec le thème de la Barcarolle (n° 11, en fa majeur, andantino), qui soupire au ténor sous le clapotis de la droite en doubles notes ; pratiquer l'Étude (n° 13, en fa dièse majeur, moderato), où les gammes décoratives de triples croches tirent le chant de son ornière ; prendre au sérieux le morceau appelé Inquiétude (n° 18, en sol dièse mineur, allegro molto), moins pour son titre que pour ses dessins brisés de véhémente et ardente étude ; et dans la foulée ne pas trop bouder la Mazurka en canon (n° 20, en la mineur, allegro moderato) et l'Andante con variazioni (n° 23, en si majeur), scolaires mais plaisants aux doigts.
Les meilleurs numéros : l'Intermezzo (n° 12, en fa mineur, vivace), visiblement ravivé par le rythme à 5/8 ; le bref Scherzino (n° 14, en fa dièse mineur, allegro), auquel on aurait souhaité un trio ; la pièce pittoresque intitulée Le Ruisseau dans la forêt (n° 15, en sol majeur, allegro moderato), au vrai une étude, bouillonnement d'accords brisés en triolets dans les deux mains ; l'Élégie (n° 16, en sol mineur, adagio non troppo), où l'on pouvait craindre le pire, mais où la mélodie est inspirée, l'harmonie expressive, et obsédant surtout ce lent roulis rythmique de la main gauche, avec les notes de la basse en syncope (c'est le climat dolent de certains préludes de Rachmaninov) ; le nocturne intitulé Le Rêve (n° 17, en la bémol majeur, andante), dans sa parure d'accords chatoyants, embellie d'un faufilage de triolets à la reprise ; la fringante Tarentelle (n° 22, en si bémol mineur, presto); enfin l'épilogue titré Aux champs (n° 24, en si mineur, adagio), chant de terroir, rempli de douce mélancolie.
Quatre Études (op. 41)
COMP 1896. PUB 1897 (Jurgenson).
Que le genre de l'étude convienne à Arenski, ce recueil le prouve. Le rythme à 5/8 est la principale difficulté de la première (en mi bémol majeur, allegro molto), où la main gauche garde tout au long son aller et

retour d'arpèges en doubles croches, réparties en 4+6 ; les harmonies sont belles, et l'élan généreux.
La deuxième étude (en fa dièse majeur, allegro vivace) fait tourner à la main droite de petits moulinets de doubles croches à 2/4, la première et la quatrième de chaque temps formant le thème, en voix médiane et rythme pointé. L'écriture n'est pas neuve, il y en a mille exemples antérieurs (ne serait-ce que celui de la Deuxième Novellette de Schumann) ; mais on aimera, ici encore, les harmonies, les pédales, les irisations chromatiques.
On progresse avec la troisième étude (en mi bémol mineur, allegro), une des pièces les plus réussies du piano d'Arenski. Elle est entièrement constituée de grands remous d'accords brisés, à 12/8, les mains en sens contraire, où une note répétée, tantôt aux pouces tantôt aux cinquièmes doigts, dorme le ressac. Voilà pour l'aspect technique, assez corsé ; il est largement distancé par la musique, véhémente et poignante, emportée par une farouche et sombre passion.
La quatrième étude (en la mineur, allegro molto) crépite d'un feu de doubles notes, par petites flambées qui éclatent et retombent. Très modulante, elle semble pressée de faire oublier son point de départ, court vers le relatif, joue de tous les glissements chromatiques, ne rejoint le ton qu'à contrecoeur.
Trois Morceaux (op. 42)
COMP 1896 ? PUB ? (Rahter). DÉD à Mme Blaauw de Lange, Mlle N. Maourine, Mlle A. Drouker.
À prendre avec des pincettes. Nous revoilà dans le salon cossu encombré de potiches. Pourtant ce ne sont pas tous des morceaux pour amateurs désoeuvrés. Le Prélude (en fa mineur, allegro), où la main droite doit lier des chapelets de doubles notes autour du thème, est plus difficile encore que l'Étude (en fa majeur, allegro molto), qui distribue ses doubles croches aux mains alternées, une à gauche et trois à droite, avec l'effet de grelot des notes répétées (les deux premières de chaque temps). Celui-là demande trop d'efforts pour des idées banales ; celle-ci tourne court au bout de deux pages, comme fatiguée elle-même du procédé. Entre les deux peine et fait peine une Romance (en la bémol majeur, andante con moto), tristounette, assurément, mais vilaine à faire frémir.
Six Caprices (op. 43)
cOMP 1898 ? PUB 1898 (Jurgenson). DÉD au pianiste Alexandre Siloti.
Après le bel emportement du premier (en la mineur, allegro molto), dans ses remuements d'arpèges, soutenus de grands accords (beaucoup de septièmes expressives), le deuxième n'est qu'une valse légère (en la majeur, vivace), d'ailleurs agréable, une des meilleures du compositeur.


On fera moins de cas du troisième (en ut majeur, andante sostenuto),, qui déroule sa rêvasserie (il n'y a pas d'autre terme) en longs rubans inco- lores. Mais quel morceau exquis que le quatrième (en sol majeur, allegro)! La main droite se charge à la fois du chant en noires et des accords brisés en triolets de croches, au-dessus de basses paisibles où parfois traîne une pédale ; la mélodie se déploie avec naturel ; les harmo- nies, finement enchaînées, font songer à Liadov, ce qui n'est pas un mince compliment.
Le cinquième caprice (en ré majeur, andantino) a quant à lui, par moments, un faux air de Schumann (du quatorzième des Davidsbiindler- tânze), dans tel détour mélodique, tel roulis chromatique de l'accompagnement ; mais on est loin du modèle, et cet à-peu-près le fait désirer plus fort...
Le cahier se termine sur une véritable étude (en si majeur, allegro mode- rato), magnifique d'élan et de panache, et que n'eût pas désavouée le jeune Scriabine ; grands arpèges de la droite en allers et retours, thème au pouce de la gauche, effets de birythmie (mesure à 6/8, mais accents à 2/4).
Près de la mer (op. 52)
COMP 1901. PUB 1901 (Jurgenson). DÉD à Annette Essipov.
Arenski a donné à ces six pièces le sous-titre d'« esquisses » ; quelques années plus tard, il eût peut-être parlé d'« estampes » ou d'« images » même si elles n'ont rien d'impressionniste, elles comptent parmi les pre- mières « marines » du piano, et sont pour la plupart assez réussies pour nous faire regretter qu'il n'ait pas cédé plus fréquemment à la tentation du pittoresque.
La trouvaille de la première (en mi bémol majeur, andante sostenuto), une barcarolle, dont le thème suit le mètre indiqué à 3/4, mais dont la basse équivoque se balance en réalité à 6/8, c'est ce vaste et rapide arpège ascendant d'une main à l'autre, sur le premier temps, semblable au flux régulier des vagues, sur le rivage, au crépuscule.
Après les houles plus banales de la deuxième pièce (en sol mineur, allegro vivace), la troisième (en ré majeur, moderato) est un calme noc- turne, où l'on écoute la mer clapoter doucement : trame à quatre voix, une pour le chant, l'autre pour les longues basses, les voix intérieures tissant des sixtes, en croches monotones. À l'opposé, la quatrième a un thème d'ardeur et d'expansion (en sol bémol majeur, allegro moderato), énoncé dans le registre du violoncelle, sous les roulements harmonieux de la droite en triolets.
La cinquième (en mi bémol mineur, allegro scherzando) paraîtra évi- demment la plus charmeuse, avec son thème facile de sérénade, en rosalies, son léger staccato de doubles notes, ses harmonies curieusement espagnoles, à la Granados. Mais la plus belle est décidément la sixième

(en mi bémol majeur, presto), toute frémissante et moutonnante de croches à 9/8 aux deux mains, et où l'harmonie rappelle souvent Liadov (par exemple la modulation de la deuxième idée, mes. 24, sur l'aile des bémols) ; le soleil rit sur la mer, la ridant de plis joyeux.
Six Pièces (op. 53)
cOMP 1901. PUB 1901 (Jurgenson).
La première (en mi mineur, largo) est un Prélude, aux accents graves et même austères, au pesant rythme pointé. Le Scherzo qui lui succède (en mi majeur, allegro) dissipe vite toutes les ombres, et il n'y a que de l'enjouement dans son staccato d'accords ; limité à deux pages, c'était un morceau charmant ; il s'est donné un intermède inutile, assez fade pour nous ôter jusqu'au plaisir de la reprise. L'Élégie (en sol mineur, allegro non troppo) est ce qu'elle est, immanquablement, chez Arenski : un point faible ; du moins délaisse-t-il, pour une fois, le ton de la jérémiade, et s'octroie-t-il un maggiore souriant qui place, à l'équivoque, un thème de noires dans ce mètre à 6/8.
Viennent ensuite une pimpante Mazurka (en sol majeur), qui prend son élan, au deuxième temps, sur les quintes vides de la basse ; une Romance nonchalante (en fa majeur, andante), plus originale qu'il ne paraît, et dont on suit avec curiosité les détours harmoniques ; et une Étude (en fa majeur, allegro), rythmée à 12/8, en ondulations d'accords aux deux mains, ardente et inspirée.
Douze Préludes (op. 63)
COMP 1903? PUB 1904 (Jurgenson). DÉD au pianiste Nikolaï Lavrov.
Je l'ai dit dans l'introduction : voici, de tous les numéros du catalogue pianistique d'Arenski, celui qu'on élirait pour perpétuer son art dans le futur, — si tant est que nos arrière-petits-neveux soient encore pourvus d'oreilles. Un pianiste se grandirait à le faire connaître Il n'y a sans doute là rien d'original, mais le trait est acéré, le goût sûr, la balance bien tenue entre ce qui séduit l'esprit et ce qui fléchit le coeur.
La main droite, dans le premier prélude (en la mineur, allegro), main- tient au ras des touches un roulement de doubles croches, sous lequel se dessine le thème de la main gauche, parfois moins un chant, d'ailleurs, qu'une émanation de l'harmonie. Faites l'expérience, en dépit du tempo prescrit et de l'indication métronomique, de jouer ces pages deux fois moins vite : c'est un autre morceau, peut-être plus envoûtant et d'un accent plus profond.
Dans le deuxième prélude (en la majeur, moderato), au joyeux zigzag de doubles notes de la droite répond régulièrement, en redoublant d'inten- sité, celui des octaves de la gauche.
Le troisième (en sol dièse mineur, andante con moto) est l' us


100 / ARENSKI
beaux ; les mains, sur chaque demi-temps, joignent leurs pouces au centre du clavier pour chanter à la tierce une douce plainte, et, des autres doigts, défont lentement leurs arpèges de triolets en mouvement contraire ; on pourra voir dans le procédé une réminiscence de la Deuxième Romance de Schumann (op. 28), mais Arenski parle de sa voix propre, assourdie, étrangement émouvante.
La délicate perfection du quatrième (en la bémol majeur, allegretto) fera songer de nouveau à Liadov : sur deux pages à peine, quelques accords dont l'enchaînement, par glissements ténus et enharmonies, constitue l'essentiel du morceau, avant même le fil de croches mélodiques qui les relie.
Des doubles notes à la main droite, un motif descendant qui se brise à plusieurs reprises, au gré d'un rythme à 3/4 qu'on dirait de valse : c'est le cinquième prélude (en sol mineur, allegro), que Chopin aurait volontiers signé.
Fort attachant, le sixième (en sol majeur, andantino); et, comme les autres, fait de presque rien, d'une idée fragile, d'un fragment donné, un simple motif de six doubles croches (mesure à 6/8) qui décrit une lente hélice entre la basse et les accords de la mélodie. Le sortilège harmonique, frôlements de secondes, changements d'éclairage modal, bémolisations, en compose peu à peu une musique envoûtante.
Dans le septième (en mi majeur, andante), les deux mains semblent se bercer l'une l'autre, en paisibles arpèges descendants, qui dessinent comme une traînée d'harmonies sous la ligne très tendre du chant.
Quelque chose du climat harmonique des Nouvelles Études de Chopin, si particulier, passe dans le huitième prélude (en mi bémol mineur, allegro), — que du reste on veillera à ne pas prendre trop vite, pour laisser leur mélancolie pénétrante à ces doubles notes battues du poignet en léger louré.
En revanche, on observera un bel et vigoureux allegro pour jeter avec enthousiasme, à travers le clavier, le vibrant va-et-vient d'arpèges du neuvième prélude (en mi bémol majeur).






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