J'arrete le piano pour toujours

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« "La conscience de genre" est plus fondamentale pour les hommes que pour les femmes. Mc Robbie et Garber suggèrent que les adolescents traitent leur sentiment d'insuffisance [socio-affective] par différents chemins : les hommes rejoignent les gangs et les femmes développent d' "obsédantes" préoccupations amoureuses. (Angela Mc Robbie and Jenny Garber, "Girls and subcultures"). », Deena Weinstein, op. cit., note n° 104 p. 314.
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propos suivant de Walser permet de mettre en valeur un facteur important de cette solidarité masculine au travers du Métal :
« The purpose of a genre is to organize the reproduction of a particular ideology, and the generic cohesion of heavy metal until the mid-1980s depended upon the desire of young white metal performers and fans to hear and believe in certain stories about the nature of masculinity. »91
Le concert est lui aussi est un vecteur de rassemblement, d'union. En effet, celui-ci « créé une quasi-communauté parmi les membres [de son] public »92. La sous-culture Métal, éparpillée sporadiquement et souvent de manière quantitativement limitée d'un point de vue géographique, se retrouve en ce lieu, lieu qui permet la concrétisation d'un "vivre-ensemble" une même expérience, véhiculant ainsi pour chacun des participants « la projection de soi dans une forme idéalisée »93. C'est l'amour d'une même musique qui y est partagé, ainsi que les divers autres intérêts inhérents à la culture Métal qui gravitent autour. De ce fait il se matérialise une certaine forme de fraternité, celle-ci célébrant le courant musical en lui-même : la masse compactée de l'audience ne semble faire plus qu'une devant l'autel convoité et vénéré que représente le groupe et son avènement sur scène.94
Le statut de paria95 que confère Weinstein à la communauté Métal n'est également pas sans incidence dans la construction unitaire de ce courant musical. Le manque de relais médiatiques dans les débuts du Métal, le peu de diffusion sur les ondes de ce genre musical, tout ceci a forgé un véritable soutien entre les amateurs de cette culture. Le Métal s'est ainsi construit à coups de bénévolat, par l'entremise de passionnés qui ont fondé des structures, des associations diverses, afin de promouvoir la musique qu'ils estimaient — promotion d'autant plus engagée car résultante de ce sentiment d'exclusion et de mépris ressenti au travers des communautés extérieures. Aujourd'hui, le Métal étant en partie devenu un "produit" attractif
91 « Le but d'un genre est d'organiser la reproduction d'une idéologie particulière, et la cohésion générique du heavy-metal jusqu'au milieu des années 80 s'est reposée sur le désir des jeunes fans et musiciens de métal de couleur blanche d'entendre et de croire dans certaines histoires sur la nature de la masculinité. », Robert Walser, op. cit., pp. 109-110.
92 Deena Weinstein, op. cit., p. 223 : « As a vehicle for idealizing the heavy metal subculture for its members, the concert creates a quasi-communauty among the members of the audience. »
93 Ibid., p. 223 : « At the concert an already existing subculture becomes concretised in a transitory community through the projection of itself in an idealized form. »
94 Pour une analyse du comportement de la foule, du pouvoir de suggestion et d'identification dans le regroupement collectif, on peut notamment consulter l'ouvrage suivant de S. Freud : Psychologie collective et analyse du moi.
95 Le terme utilisé est « Proud Pariahs » (fiers d'être parias), Deena Weinstein, op. cit., p. 93.
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ainsi qu'à fort potentiel commercial, les rapports l'entourant semblent devenus un peu plus simples. Il reste toujours néanmoins cette peur vis-à-vis du public Métal qui fait s'inquiéter les mairies lors de l'organisation de tels festivals. La volonté des organisateurs est quant à elle toujours aussi combative et désireuse de combler les amateurs du genre.96 Un autre point, sur lequel nous avons déjà quelque peu discuté précédemment, a également contribué à la solidarité du milieu : nous faisons ici allusion à l'union du milieu Métal contre la censure. Contre le PRMC (cf Supra), contre les opprobres faites au Métal par certaines associations religieuses ou parentales, le Métal s'est retrouvé d'autant plus soudé au sein de la micro- famille qu'il forme. Il est pourtant à noter que ses réponses aux diverses accusations furent souvent de minces stratégies de défense, le Métal ne reniant pas son côté ostentatoire et parfois amoral. À cela, notre question précédente refait surface : la liberté de tout dire que nombreux de ses protagonistes s'octroient peut-elle coexister avec le système en vigueur et ses valeurs ? Nous ne pouvons donner présentement une réponse claire à cette question. Néanmoins, ces deux facteurs — statut de paria, censure — que nous venons d'évoquer permettent de mieux saisir la force unitaire dans laquelle le Métal s'est formé. En cela, les acteurs du milieu Métal s'avèrent engagés" et solidaires, attributs qu'ils expriment au travers de leur distinction sociale — visuelle ou autres —, au travers de leur connaissance partagée du genre et qui circule par une médiation passionnelle98, mais surtout par une forme de rébellion qui consiste à aller contre le courant principal (en anglais : le mainstream99), contre le socialement ou le politiquement correct, ou d'une manière plus générale à se tourner vers ce qui leur semble le plus proche de l'authenticité.
Si il y a bien sûr un lien fort qui lie les amateurs de Métal au regard de la construction historique du genre, il existe également des conflits au sein de cette micro-famille. Les trois études principales qui analysent spécifiquement le Métal et sur lesquelles nous nous sommes principalement appuyés dans notre exposé ne relatent que peu cette information, nous allons cependant en dire quelques mots. Deux aspects peuvent éclairer ces formes de tension et par
96 Le festival français de musiques Métal et Hardcore Fury Fest en est un bon exemple, on peut en avoir un aperçu au travers de l'organisation, des interviews et des débats présents sur le site Internet suivant : http://www.firyfest.com/
97 En un certain sens, l'étude pionnière de Walser confirme cette tendance . presque toutes les personnes auxquelles Walser fournit un questionnaire répondirent à sa demande (cf Robert Walser note n° 51 p. 17 et 183).
98 C'est souvent par l'intermédiaire d'un grand-frère, d'un cousin, ou d'un ami, que l'amateur de Métal découvre pour la première fois ce genre musical, et non par les médias, ce qui confère à cette adhésion une dimension souvent plus tenace, car plus affective. Cf notamment Fabien Hein, op. cit., p. 230 (« Rencontre avec le rock et le metal »)
99 Cf Glossaire
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extension de désunion qui ont lieu au sein du Métal : d'une part, ce que Weinstein dénomme comme la part conservatrice du Métal100, et d'autre part les dissensions qui sévissent entre certains sous-courants du Métal en lui-même. Pour le premier point, un exemple simple inspiré de celui relaté par Weinstein peut permettre de mieux comprendre cette tendance • en effet, si un groupe tente dans son évolution discographique de s'éloigner trop abruptement des schèmes qui font sa particularité musicale (par exemple par des emprunts à des musiques très éloignées de manière sonore et sous-tendant alors des idéologies s'écartant de la musique métal — on peut citer par exemple pour une illustration sommaire le Reggae ou le Disco dont les valeurs sont relativement distantes de l'idiome Métal), en somme de son ton caractéristique, il s'avère assez fréquemment que les fans ne s'y retrouvent pas, et un sentiment de trahison peut alors émerger. L'exemple de Weinstein est l'album Turbo de JUDAS PRIEST (dont certains éléments empruntent à la « pop-disco »), qui rejeté à l'époque par les fans, contraignit plus ou moins le groupe à reprendre leurs essais musicaux sur des rails plus "métalliques"1°1. Aujourd'hui, un tel propos s'avère quelque peu suranné : même s'il existe toujours un Métal de tradition ancienne en vigueur (de facture Heavy-metal et Hardrock en somme, avec tout ce que cela peut comporter de plus ou moins kitsch de nos jours), remettant au goût du jour et chosifiant pour un certain public avide d'antiquités les préceptes métalliques d'antan, la tendance conservatrice qu'illustre Weinstein s'est quelque peu dissipée. Pour preuve, l'ouverture du Métal à de nombreuses expériences musicales et tentatives d'hybridation en tout genre (avec la musique électronique — le groupe PTTCHSHIFTER par exemple, avec le reggae — le dernier album du groupe S0ULFLY intitulé Prophecy, etc.), alliée à l'approbation majoritaire de la part du public et des critiques envers ces démarches.
L'autre point que nous relations plus haut est quant à lui plus prégnant : il concerne en effet les dissensions entre certaines sous-familles du genre. Weinstein cite dans son étude de
199. 102
i l'exemple du Lite-metal (un métal plus "doux", plus romantique — un des rares sous- genres du Métal dont une partie du public s'avère essentiellement féminin — ; le groupe BON JovI par exemple) et celui du Thrash-metal (forme de métal à son émergence la plus radicale et violente ; le groupe METALLICA en fut l'emblème). Dans la mesure où l'on peut constater le véritable abîme qui sépare les motivations, les valeurs des deux genres sus-cités, il n'est pas étonnant de constater un dénigrement mutuel entre ces deux sous-genres au sein
100 Deena Weinstein, op. cit, p. 137.
101 Ibid. , p. 137. 102 Ibid. , p. 137.
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