Jouer le répertoire classique

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Nombre de cordes et consolidation de la caisse
Pianos carrés anglais et hollandais
Les pianos carrés hollandais sont semblables aux pianos carrés anglais, du point dc vue des mécaniques utilisées et du choix des tessitures. Ils le sont également au niveau du cordage. Au xvirte siècle et au début du 'axe siècle, les pianos carrés hollandais et anglais sont bicordes sur toute l'étendue du clavier. Les cordes du iegistre grave sont filées. Dans le deuxième quart du )(lx' siècle, les facteurs tentent d'accroître le volume sonore des instruments. Dans ce but, ils vont utiliser, à partir de 1830 environ, des cordes uniques filées, d'un diamètre plus important, dans le registre grave, tout en conservant des choeurs doubles dans les registres médium et aigu. Afin de pouvoir augmenter corrélativement la tension, les facteurs doivent donc consolider la résistance de la caisse. Les pianos carrés postérieurs à 1830 possèdent, pour cette raison, un sommier de pointes métallique, éventuellement relié au som- mier des chevilles, par une barre métallique.
Pianos carrés français
Les plus anciens pianos carrés français sont bicordes. Dans le premier quart du xixe siècle, les instruments munis d'une mécanique à simple pilote restent bicordes; par contre, ceux possédant une mécanique à double pilote sont tricordes. Vers 1830, les instruments français, dont la tessiture est alors de six octaves, possèdent des chœurs doubles dans le registre grave et triples dans les registres médium et aigu. Comme en Angleterre et aux Pays-Bas, on observe l'apparition de sommiers métal- liques. A partir de 1835, la tessiture des pianos carrés français est supérieure à six octaves : les cordes du registre grave sont simples et filées, celles du registre médium sont doubles en partie filées, celles du registre aigu sont triples. La caisse est renfor- cée par un sommier de pointes métallique relié par une à deux barres placées paral- lèlement aux cordes et fixées aux sommiers.
Pianos carrés belges
Les pianos carrés belges observés sont bicordes sur toute l'étendue du clavier, excepté deux instruments50.
Pianos carrés allemands et viennois
Au xvine siècle, les pianos carrés allemands observés sont bicordes51. Par contre, les plus anciens pianos carrés viennois sont unicordes dans la première octave grave
et bicordes dans les notes suivantes. Dans les années 1820, ils possèdent des cordes simples dans le registre grave, doubles dans le registre médium et triples dans l'aigu.
Les témoins allemands postérieurs datent des années 1830. A partir de cette époque,
" Le piano carré de J.P.J. Ermel, fabriqué à Bruxelles en 1818 et pourvu d'une mécanique à double pilote, est tricorde, comme les instruments français de ce type; le piano carré du facteur bruxellois Vogelsangs, daté approximativement de 1830, est unicorde dans les six premières notes graves et bicorde dans les chœurs suivants. Le sommier des pointes est renforcé par une plaque métallique. Il est relié par une barre de fer cylindrique au sommier des chevilles.
" Excepté quelques instruments qui sont unicordes, entre autres les petits pianos triangulaires de Johann Matthâus Schinahl, le piano carré viennois d'Anton Walter de la fin du xvne siècle et l'instrument de H. Reichardt, construit à Berlin vers 1820.

et Jusqu'en 1850, la majorité des instruments observés sont unicordes puis bicordes. Aucun instrument provenant d'Autriche ou d'Allemagne ne possède de sommier métallique52. Mais, nous l'avons vu, dans les pianos carrés allemands et viennois postérieurs à 1815, les chevilles sont placées à l'avant de l'instrument. Cette disposition permet d'obtenir une caisse nettement mieux équilibrée. Le long côté à l'arrière de l'instrument est extrêmement solide puisqu'il est constitué par une planche continue. A l'avant, le sommier des chevilles, pièce de bois très forte, sert de barrage. Il n'est donc pas nécessaire d'utiliser de renforcement métallique.
Remarquons également que, bien qu'Alpheus Babcock dépose en 1825 un brevet pour un cadre métallique en une pièce destiné aux pianos carrés, aucun facteur européen n'adopte ce type de renforcement de la caisse qui solutionne pourtant les divers problèmes de résistance de celle-ci. miment. Dans les pianos carrés, le chevalet n'est divisé que beaucoup plus tard dans lot années 1830 et ce, uniquement par certains facteurs (Broadwood h partir de 1829, Clementi vers 1830, etc.). 'Ems les pianos carrés observés, provenant d'Allemagne et d'Autriche, conservent un chevalet en une pièce durant l'entièreté de la période envisagée par cette étude. D'après Claude Kelecom54, la raison de l'emploi d'un chevalet en une pièce est double. Dune part, dans les pianos carrés, on ne recherche pas une perfection sonore absolue puisque ce type de piano est principalement destiné à une clientèle d'amateurs. D'autre part, diviser le chevalet en deux parties équivaut à placer le chevalet de basses plus au centre de la table d'harmonie. Or, les cordes basses sont déjà courtes, proportionnelles aux dimensions de la caisse. Si l'on place un chevalet double, il faut encore en réduire la longueur et en augmenter le diamètre, donc la rigidité. La sonorité n'en est que plus médiocre, moins satisfai
sante.

Table d'harmonie
La table d'harmonie est l'organe résonateur du piano; elle amplifie les vibrations des cordes communiquées par l'intermédiaire du chevalet et accroît donc la durée et l'intensité des sons produits. Le matériau utilisé pour la construction de la table d'harmonie est l'épicéa, un bois possédant une grande capacité vibratoire. La table n'est pas d'une épaisseur constante mais présente une forme convexe; la partie située sous le chevalet étant plus épaisse que les bords latéraux (9,5 mm-4,7 mm) Ses dimensions sont sujettes à des variations en fonction de la tension — une tension plus importante implique une table plus épaisse — mais aussi, en fonction de chaque facteur.
Dans les plus anciens pianos carrés, la table d'harmonie est confinée du côté droit de la caisse. Elle s'étend du sommier des chevilles au clavier. Elle possède donc une surface de résonance extrêmement restreinte par rapport aux pianos à queue. Les plus anciens pianos carrés possèdent, par conséquent, une puissance sonore assez faible. Lorsque au début du >axe siècle, la tessiture est accrue d'une quinte dans l'aigu, les facteurs ne diminuent pas la table d'harmonie. Ils scindent le cadre de la mécanique en deux parties, de façon à placer les sept touches et les marteaux des notes «additionnelles» sous la table d'harmonie. Dans celle-ci, une très fine découpe est pratiquée afin que les marteaux puissent frapper les cordes. Dans les années 1830, grâce aux moyens de consolidation de la caisse — sommier de pointes et barres métalliques — la table d'harmonie est étendue jusqu'au côté gauche de l'instrument, au- dessus des touches. En Allemagne et en Autriche, la table d'harmonie est étendue d'un bout à l'autre de la caisse dès 1815, lorsque les chevilles sont placées à l'avant de l'instrument.
Le chevalet
Le brevet enregistré par John Broadwood en 1788, concernant une nouvelle dis-position du chevalet scindé en deux parties53, était destiné aux pianos à queue uni
" Si ce n'est le piano carré d'Ernst Rosenkranz, construit à Dresde en 1844 et celui d'Aloys Biber fabriqué à Munich vers 1840.
53 Voir première partie.
Les jeux
Pianos carrés anglais
La majorité des pianos carrés anglais du xvne siècle sont munis de deux à trois jeux, à savoir : un jeu forte, la plupart du temps dédoublé et permettant donc d'écarter les étouffoirs des notes du registre grave indépendamment de ceux du registre aigu, et un jeu de luth. En outre, plusieurs pianos carrés anglais du xviii` siè- cle55 possèdent un jeu désigné en anglais par le terme swell (jalousie). Ce jeu, grâce à un mécanisme soulevant une partie du couvercle ou de la fausse table d'harmonie, permet d'augmenter le volume sonore de l'instrument. Au xvine siècle, ces jeux sont actionnés par des registres56. Toutefois, dès 1775, certains facteurs les remplacent par des pédales, notamment dans le cas où ils équipent l'instrument d'une swel157 (jalousie).
A partir du 'axe siècle, les pianos carrés anglais observés ne possèdent plus qu'un jeu forte actionné par une pédale. Parmi les instruments observés, seul le piano carré de Clementi and Co, daté de 1825 environ, est doté, en outre, d'une harmonie swell. Ce jeu breveté en 1821 par F.W. Collard consiste à placer un second chevalet, appelé bridge of reverberation, parallèlement au premier afin de faire vibrer par sympathie les lngueurs decordes situées entre le premier chevalet et les pointes d'accroche. Lorsque la pédaleco est enfoncée, une lame de bois garnie de tissu, tombe sur les cordes, neutralisant leurs vibrations.
Propos recueillis lors d'un entretien, en juin 1988, avec ce facteur.
" Il s'agit des instruments suivants : Adam Beyer, Londres, 1777; Longman & Broderip, Londres,
c. 1786; Adam Beyer, Londres, 1790; Cousineau (?), Londres, c. 1795.
56 Seuls quelques pianos carrés anglais possèdent des genouillères, notamment l'instrument de Fredericus
Beck (Londres, 1775) et celui de Christopher Ganer (Londres, 1778). Il ne faut pas exclure, vu le petit
nombre de ces instruments, que les genouillères aient été ajoutées ultérieurement.
" Le jeu de swell, réalisé grâce à une tige métallique qui, poussée vers le haut, soulève une partie dun
couvercle, ne peut être actionné par un registre, contrairement aux autres types de jeux où c'est u mouvement de translation qui met en contact une bande de feutre ou de soie effrangée avec les cordes

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