Le piano dans le métal
t d'ailleurs à forte dose humoristique) que nous avons pu visionner peut donner un bon aperçu de l'ambiguïté du genre Métal (le métal décrit s'avère être le Heavy-metal, en somme la période fin 1970's, début des années 80): This is Spinal Tap de Rob Reiner (1984) (Cf aussi à ce propos Fabien Hein, op. cit., p. 165)
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signification et par corrélation sur l'identité que chaque visuel nouveau représente. En d'autres termes, ces médias entretiennent l'image du genre. Comme le dit Weinstein, « la communauté est hautement évaluée dans l'idéologie du public métal et est visiblement représentée par son code vestimentaire. »194, point auquel nous pouvons ajouter tout autre signe distinctif extérieur qui pourraient aider à l'identification d'un fan et de son courant musical métallique préféré (par la coupe de cheveux, les tatouages et leur signification — ou leur absence, etc.). En somme, tout le visuel autour du Métal aide à la construction du genre en lui-même. Et l'on retrouve dans ces différents visuels exhibés certaines constantes sur lesquelles nous nous sommes déjà exprimés tout au long de ce mémoire : représentation de l'horreur, de la violence, du mal, du "côté sombre" en somme. Tout comme une certaine esthétique du rebelle se retrouve évoquée au travers des groupes dans les magazines195. Mais il ne faut pas oublier que tout ceci recèle également une forte dose de théâtralité196, et que tout ne peut être pris au premier degré : les facteurs sont nombreux à prendre en compte et leurs significations divergent selon les groupes et l'image dominante qu'ils tentent de faire passer (mais nous verrons cela de plus près dans notre prochaine partie consacrée aux thématiques du Métal). Comme le souligne Ricard dans son ouvrage sur le Rock et que l'on peut extrapoler au Métal : « Les groupes précisent que le look rend essentiellement compte d'une générosité de vie, de culture mais surtout d'un esprit particulier. »197. En ce sens, le look reflète la démarche d'un groupe, révèle ses valeurs au travers de l'image. Il s'opère ainsi, au travers des codes affichés, une certaine séduction par l'image, séduction qui amène le public adhérant à la musique présentée vers une « logique d'identification »198 : si le fan veut appartenir à la "philosophie" prônée par le groupe qu'il admire, il se doit de respecter certains signes en reconnaissance (ce qu'il ne s'impose pas, le mimétisme s'instaurant naturellement), il s'approprie ainsi « l'imaginaire collectif »199 auquel il veut s'identifier. Néanmoins, le look reste un véritable problème d'identité dans de nombreuses musiques populaires, le Métal y
194 Deena Weinstein, op. cit., p. 95 : « Indeed, community is highly valued in the ideology of the metal audience and is visibly represented by its dress code. »
195 Tel le guitariste Slash des GONS N' ROSES s'affichant couramment avec sa guitare, un chapeau haut-de-forme, une cigarette au bec, une bouteille de whisky à la main, ou encore à côté de quelques cadavres de bière jonchant le bitume. Cf aussi Fabien Hein, op. cit., p. 163.
196 Théâtralité que l'on retrouvait déjà dans les spectacles aux ambiances macabres d'Alice Cooper dans les années 70, et que l'on retrouve plus proche de nous transposée chez par exemple Marilyn Manson. Cf Fabien Hein, op. cit., p. 157.
197 Bertrand RICARD, Rites, code et culture rock - un art de vivre communautaire, Paris, L'Harmattan, coll. Logiques Sociales, 2000, p. 139.
198 Ibid., p. 142.
199 Ibid., p. 145.
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compris : le look se faisant récupéré par la mode, le merchandisingn° et ses pubs, il s'opère cycliquement un déchirement pour le fan En effet, la logique étant celle de la différenciation individuelle tout en montrant son appartenance à une communauté, aussi bien qu'un refus du mainstreamni , le soucis d'authenticité de soi peut parfois s'avérer difficile pour le fan en question, ce que résume bien Jean-Marie Seca en ces mots : « On a le sentiment que ces musiciens [cela peut en effet tout autant concerner les musiciens que le public] se débattent contre quelque chose à quoi ils adhèrent un peu. »202. Toutes ces questions d'attitude, d'allure, au travers du visuel sont en fait extrêmement complexes, car revêtant de nombreux visages selon les différents courants et même selon les groupes. La constante majoritaire du Métal reste cependant le sombre, ce que les couleurs noir et rouge majoritairement représentées dans tous types de visuel liés au Métal attestent quelque peu.203 Il en est à peu près de même pour les thématiques de ce genre, ce que nous allons d'ailleurs aborder dès maintenant.
B) Les thématiques — les textes
Tout comme pour le visuel, les thématiques sont nombreuses et diverses dans le Métal. Cependant, l'on peut remarquer une certaine constante : la plupart des textes ne lorgnent guère souvent du côté de l'optimismen4. À partir de ce constat, le champ s'avère vaste : de la science-fiction à l'heroïc-fantasy, de l'introspection à la critique sociale, de l'horreur à la revendication satanique, du lyrisme romantique à la poésie, là aussi chaque courant spécifique du Métal y développe ses propres idées. On peut d'ailleurs dénoter un certain parallèle entre thématique et sous-genres musicaux du Métal : par exemple, les thèmes abordés dans le Néometal sont loin d'être les préoccupations de son alter-opposé le Black-metal. Nous allons ici aborder le même schéma que dans notre précédente partie, c'est-à-dire un descriptif de quelques-unes des thématiques principales présentes dans le Métal, accompagnées le plus souvent de renvois à des groupes ou albums précis, mais aussi de quelques exemples textuels
200 Cf sur ce point Fabien Hein, op. cit., pp. 145-147.
201 Cf Glossaire
202 Jean-Marie SECA, Vocations rock - l'état acide et l'esprit des minorités rock, Paris, Méridiens Klincksieck, coll. Psychologie sociale, 1988, p. 148.
203 « The colors and imagery on the album covers enhance the power conveyed by the logos. The dominant color is black, used especially as the background for the other artwork. Red is the second most important color. », Deena Weinstein, op. cit., p. 29.
Traduction : "Les couleurs et l'imagerie sur les couvertures d'albums mettent en valeur la puissance transmise par les logos. La couleur dominante est le noir, utilisée surtout comme arrière-plan pour le reste de la maquette. Le rouge est la deuxième plus importante couleur."
204 Ce que souligne également Deena Weinstein, op. cit., p. 35.
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pour ainsi cerner plus concrètement nos propos. Puis enfin, nous tenterons une réflexion sur la signification de cet univers, ce qu'il semble traduire au-delà même des paroles.
Comme nous venons de le dire précédemment, les thématiques sont nombreuses, ainsi peut-être un petit inventaire préalable (sachant que nous ne pourrons aborder et décrypter chacun d'entre eux) peut-il permettre une vue d'ensemble de la profusion des sujets abordés dans notre domaine d'investigation. Dans le désordre et sans aucune volonté de hiérarchie : l'horreur (nous y incluons l'épouvante et les autres occurrences similaires)205, l'introspection (tout ce qui est de l'ordre de l'intime, de la vie quotidienne, de la marginalité, de la dissidence, de la souffrance sociale)206, le fantastique, l'heroïc-fantasy, le satanisme, le grotesque, la dérision (ces deux derniers se faisant cependant rares dans l'ensemble), le romantisme (dans son sens global : influence de l'univers de cette période, de ses représentants artistiques — poésie, musique...)207, la violence, la fameuse triade « sex, drugs & rock n' roll »208, le religieux (les références à la Bible ne sont pas rares, pendant obligé d'un genre qui s'intéresse au diable), la folie, la mort, le suicide, etc. La liste n'est bien sûr pas exhaustive209, l'imagination des protagonistes étant la seule barrière à la création de leurs univers thématiques. Néanmoins, certains sujets semblent plus favorables que d'autres à s'insérer dans l'univers métal, c'est ce que l'on peut constater à la vue de notre catalogue, catalogue élaboré en recoupant nos trois ouvrages de référence sur le Métal. En effet, si l'on tente de synthétiser, on peut remarquer la chose suivante : une incontestable prédominance pour la transgression, la rébellion, le chaos, le sombre, ou encore l'onirisme si l'on veut s'écarter d'une sémantique quelque peu ténébreuse. Et a contrario, peu de place pour l'humour ou la dérision (on en trouve cependant quelques exemples : le groupe GRONIBARD par exemple, au nom déjà quelque peu évocateur, le groupe EMPALOT et son « Terroir Métal », ou encore CARNIVAL IN COAL et leur mélange atypique de Black-metal, de Disco et de Salsa)210, ou encore pour la critique sociale et politique (elle existe tout de même : RAGE
AGAINST THE MACHINE, SYSTEM OF A DOWN, BODYCOUNT par exemple, mais comme on
205 On peut consulter à ce propos Fabien Hein, op. cit., pp. 156-159 ; Robert Walser, « Horror and History », op. cit., pp. 160-165.
206 Cf également Fabien Hein, op. cit., pp. 152, 162.
207 Cf Fabien Hein, op. cit., p. 160 ; Matthieu Metzger, op. cit., p. 15.
208 Cf Fabien Hein, op. cit., pp. 162-164.
209 Au-delà des quelques références déjà citées dans notre présentation des différents thèmes, nous renvoyons plus généralement aux ouvrages suivants : Fabien Hein, « Influences artistiques et culturelles », op. cit., pp.149- 170 ; Deena Weinstein, op. cit., pp. 31-43 (« The Verbal Dimension »), pp. 123-126 (« Lyrics »).
210 Ces trois formations sont en effet françaises, mais nous ne pouvons affirmer ou infirmer si c'est là une particularité de la scène métal de notre hexagone.
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peut le remarquer elle reste confinée dans un style de Métal particulier : le Métal-Crossover ou le Néo-metal). Il y aussi divers niveaux de registres selon les groupes, certains se révèlent plus talentueux que d'autres dans le traitement de leurs textes, dans leurs messages évoqués. Pour illustrer tout cela, nous allons par conséquent nous attarder sur quelques exemples choisis par nos soins, ceux-ci révélant différentes facettes que l'on peut rencontrer au gré d'un parcours de musique métallique. Nous étant retrouvés dans l'impossibilité de traiter l'ensemble des thèmes abordés dans les différents genres du Métal, nous en avons choisis quelques-uns parmi les plus dominants et caractéristiques du milieu, les voici accompagnés de leurs sous-genres représentatifs • l'heroïc-fantasy et le Power-metal européen, l'introspection et le Néo-metal, l'occulte et le Black-metal, l'horreur et le Death-metal, et enfin pour finir l'onirique et le Métal-progressif. Bien sûr, cela ne veut pas dire que ces thématiques soient irrémédiablement cloisonnées avec ces genres (et réciproquement), mais les exemples que nous allons traiter ici seront symptomatiques de ces connexions étroites que nous venons d'énumérer. Passons maintenant au décryptage.
1- L'Heroïc-fantasy & le Power-metal européen
Tout d'abord, qu'est-ce donc que l'heroïc-fantasy ? Pour faire simple, ce terme recouvre tout un ensemble fantastique où se côtoient le récit mythologique, le merveilleux (légendes, magie), divers folklores (celtique...), certains emprunts à l'Histoire même, et bien d'autres sources d'inspirations encore. En littérature, un des grands représentants de ce genre est J.R.R. Tolkien avec son roman Le Seigneur des anneaux, au cinéma l'on peut citer des films qui y sont affiliés tels Excalibur (John Boorman, 1980) ou Conan le barbare (John Milius, 1982)211. Le Power-metal européen, musicalement de facture Heavy-metal mais privilégiant une certaine rapidité dans son exécution (et d'ailleurs fréquemment appelé au vu de cette caractéristique Speed-metal symphonique), faisant également la part belle aux mélodies, s'est donc approprié, dès le milieu des années 80, cet univers épique en l'agrémentant de connotations symphoniques d'un point de vue musical.212 Mais prenons à présent quelques- uns de ses grands représentants afin d'illustrer notre discours.
211 Fabien Hein, op. cit., p. 75.
212 Fabien Hein, op. cit., p. 74 : « L'ensemble de ces groupes est parvenu à imposer un « univers » épique à connotation symphonique [...] »
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Le groupe MANOWAR est un pionnier du genre : présent dès le début des années 80, leur univers est teinté d'histoires chevaleresques, de barbaries, de sorcelleries et de valeurs de même ordre prônant le courage, la fierté, la loyauté, le combat contre la servitude, etc. Adulé par un cercle de fans purs et durs, raillé par les autres, depuis plus de vingt ans les musiciens de MANOWAR continuent leur chemin, affublés de peaux de bêtes, chevauchant de grosses cylindrées, et se proclamant naturellement les « Kings of Metal », signes parmi d'autres d'une virilité qu'ils ne cessent de glorifier. Sans rentrer dans une analyse spécifique des messages évoqués au cours de leurs chansons, leurs titres peuvent rien qu'à eux seuls donner une idée de l'univers évoqué dans leurs textes : « The Crown and the Ring (Lament of the Kings) » (La couronne et l'anneau (lamentation des rois)), « The Warrior's Prayer » (La prière du guerrier), « Blood of the Kings » (Le sang des rois), etc.213
Dans un registre moins grandiloquent, la formation allemande BLIND GUARDIAN a quant à elle consacré la majeure partie de sa discographie à mettre en musique l'univers de J.R.R. Tolkien, auteur du célèbre Seigneur des anneaux. Un certain crédit littéraire par conséquent sur lequel ils se sont appuyés, notamment à travers l'album Nigheall in Middle-Earth qui transpose musicalement le Silmarillion de Tolkien. Voici le texte de la première plage de cet album (« War of Wrath ») :
War Of Wrath
narrator (Sauron):
The field is lost
Everything is lost
The black one has fallen from the sky and the towers in ruins lie
The enemy is within, everywhere
And with him the light, soon they will be here
Go now, my lord, while there is time
There are places below
(Morgoth):
And you know them too
I release thee, go
My servant you'll be for all time