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résolument vers le futur. — Le mouvement lent (en fa dièse mineur, poco adagio) pousse plus loin, dans sa veine élégiaque et son ornementation délicate : il romantise... — L'allegro final nous chasse toutes les ombres ; triolets gaiement lâchés en gammes et arpèges ; et cette clochette obstinée (mes. 17, etc.) qui se met à tinter à plusieurs reprises.
SONATE W. 55/5, H. 243 (en fa majeur). — Une sonatine, dont l'allegro a la particularité de commencer, en ut mineur et en accords, comme du Beethoven (la Pathétique), et de bifurquer pour s'installer en fa à la mes. 5 et continuer comme du Mozart (le Rondo K. 617 pour harmonica et quatuor). — Un court adagio maestoso le sépare d'un allegretto encore plus court, d'humeur haydnienne, capricieux en diable, esquissant une idée, l'abandonnant pour une autre, nous surprenant jusqu'à la dernière mesure.
SONATE W. 55/6, H. 187 (en sol majeur). — Si la précédente était lilliputienne, celle-ci s'impose comme une des grandes sonates de Philipp Emanuel ; moins par la taille, d'ailleurs, que par le contenu. Sonate-fantaisie, progressant régulièrement, avec délectation, de l'ordre au désordre. Quand on a démontré des dons d'organisateur, de planificateur, on peut bien en prendre le contrepied ! L'allegretto moderato est complexe dans ses rythmes comme dans ses mélodies, bourré d'idées éclatées en fragments, dans une débauche de groupes irréguliers. — L'andante (en sol mineur) passe de l'improvisation au discours réglé : au début, par exemple, dans une mesure totalement libre, tombent en cascade des triolets de doubles croches, freinés en croches, aboutissant à un trille avec point d'orgue ; puis la page s'organise, en arabesques harmonieuses, jusqu'au nouvel essor de triolets. — L'allegro di molto est encore plus débraillé, difficile à rendre, dans l'extrême mobilité des rythmes, la variété des valeurs, les idées disposées en mosaïque. Le meilleur moment, peut-être : les plages de triolets chantants, en marches d'harmonie, où l'on a envie d'entendre un air de Schumann.
Autres Sonates « pour connaisseurs et amateurs » (W. 56-59, 61)
COMP entre 1763 (W. 57/6) et 1786 (W. 61/5). PUB 1780, 1781, 1782, 1785 et 1787 (Leipzig).
Poursuivant sur sa lancée, et son succès (près de six cents exemplaires vendus du premier recueil), Philipp Emanuel Bach publia cinq nouveaux recueils « pour connaisseurs et amateurs », mais en entremêlant les sonates de rondos et de fantaisies. De ces dernières sonates (au nombre de douze), je donne ci-dessous un choix ; on trouvera rondos et fantaisies plus loin.
SONATE W. 56/4, H. 269 (en fa majeur). — Deux mouvements seulement (chose rare), dont il faut retenir le presto à 2/4, réjouissant au possible,

ayant d'avance quelque chose de la robuste et raisonnée burla dont Beethoven est capable. Arrêts, brisures, jaillissements s'inscrivent ici dans un ordre qui, pour être caché, n'en séduit pas moins la conscience.
SONATE W. 57/4, H. 208 (en ré mineur). — Le deuxième mouvement, un cantabile e mesto en sol mineur, à 3/8, est un des plus saisissants mouvements lents de toutes les sonates d'Emanuel Bach (hélas compris entre deux morceaux assez quelconques). Tout y concourt : chromatismes lancinants, harmonies napolitaines (l'arrivée de la mes. 4), imitations vraiment parlantes, soudaines équivoques rythmiques (impression de deux temps dans ce mètre à trois, mes. 16-17), accords de septième diminuée accentués, etc. On pourrait suivre cela à la trace, qui n'expliquerait pas cette continuité, ce souffle ; le caprice a fait durablement place ici à l'émotion la plus nue.
SONATE W. 57/6, H. 173 (en fa mineur). —Bien connue, pour son magnifique allegro assai. Aucun temps mort, depuis ce début énergique, qui escalade en rythme pointé l'arpège du ton, jusqu'à ce fort développement, qui nous entraîne en tourbillons de triolets modulants dans les parages étranges de fa bémol majeur (enharmonique de mi) et nous en extirpe de façon tout aussi étonnante. — Forkel estimait que ce premier morceau peignait « l'indignation », que l'andante en fa qui le suit représentait « la réflexion », et le petit andantino grazioso, sur son pas de croches, « la consolation ».
SONATE W. 59/3, H. 282 (en si bémol majeur). — Très belle sonate, dont on a dit qu'elle était le portrait du compositeur. Voyez l'allegro un poco, en particulier, d'une vie trépidante, avec ce thème initial qui, sitôt posés ses trois premiers temps, fuse à l'aigu, retombe pour une roulade, remonte, redégringole en trombe ; turbulence de ces passages où les mains superposent trémolos et arpèges, vigueur de ces unissons. — Le largo (en mi bémol) est un peu long, mais si expressif, à la fois lyrique et confidentiel. — L'andantino grazioso, si l'on n'y veille, peut tomber dans le marivaudage ; chose exquise, mais qui jure décidément avec le caractère du premier morceau ; il faut lui maintenir, malgré lui, une carrure, et ne pas l'enrubanner.
SONATES DIVERSES
En dehors des recueils constitués par Cari Philipp Emanuel Bach, voici tin petit choix de sonates, forcément arbitraire (tant d'autres méritaient d'être retenues) ; les unes parues dans des recueils collectifs de l'époque, les autres inédites de son vivant. Je les range dans l'ordre chronologique établi par Helm.

Sonate en si bémol majeur (W. 62/1, H. 2)
COMP 1731 (Leipzig), révisée en 1744. PUB 1761 (dans Musikalisches Allerley).
À mentionner pour montrer, sur les premiers essais d'Emanuel, la griffe encore bien présente de son père. Le presto initial est une invention à deux voix, calquée sur l'Invention en fa de Jean-Sébastien. L'andante (en sol mineur) est bien circonspect, sur ses accords battus en croches, mais sait déjà employer les triolets pour changer d'humeur. Le finale (allegro assai) se secoue, grimpe crânement la gamme, plus loin inverse son thème, joue des syncopes et des contretemps.
Sonate en si mineur (W. 65/13, H. 35) COMP 1743 (Berlin).
Un poco allegro d'une belle et profonde gravité, en noires à 3/4, d'écriture plus verticale qu'horizontale, sauf quelques mesures d'imitations, en glissements chromatiques (mes. 37, inversés dans la deuxième section) ; syncopes éloquentes du thème initial, dans les deux mains, répétées tout au long du morceau : la dissonance est figée, prolongée, en attente. Le molto adagio (en ré majeur) est de caractère élégiaque ; l'allegro molto s'enflamme, tire parti de son motif initial, nerveux, sur un arpège descendant.
Sonate en sol mineur (W. 65/17, H. 47) COMP 1746 (Berlin).
Une des plus admirables sonates de l'auteur. Fantaisie plutôt que sonate, en trois mouvements enchaînés. Le premier (allegro) est le plus fantasque, qui débute par des traits aux mains alternées, débouche sur un turbulent unisson de triolets, se trouve un thème, pour l'entrecouper à nouveau d'unissons et de récitatifs : tout cela en réalité très construit, passant subtilement des plages improvisées aux mesures plus strictes. — Arrêt sur la dominante, pour enchaîner avec un bel adagio (en sol majeur) de forme rondo, dont le bref refrain, doux et consolant, sépare de courts épisodes contrastés. — L'étonnant finale (allegro assai) passe son temps à décevoir une attente ; son thème principal, après l'efflorescence d'un arpège entre grave et aigu, semble, avec ses lignes brisées et son chroma-tisme, quelque insolite sujet de fugue... laquelle ne s'amorce jamais, le restant du mouvement préférant une allure de chant accompagné. Silences et points d'orgue augmentent la tension ; après maints essais, le thème de « fugue » finit tout seul, dans sa nudité.
Sonate en ut mineur (W. 65/31, H. 121) t mi, 1757 (Berlin).
1,a « Pathétique » de Philipp Emanuel Bach. L'indication du premier mouvement (allegro assai ma pomposo) est exacte : il y a de la pompe dans ce long unisson de départ, qui scande fièrement les arpèges de tonique et de dominante et poursuit en rythme pointé, comme un nerveux tutti d'orchestre. À la neuvième mesure, un petit air, au relatif, désinvolte. Mais le rythme pointé le rattrape, puis l'unisson, et c'est à nouveau la proposition initiale, en octaves à la basse, avec réponse fébrile à l'aigu. 'Fout le mouvement met en conflit ces éléments antithétiques. — L'andantino (en sol mineur) produit d'avance l'effet du mouvement lent du Quatrième Concerto de Beethoven. Tutti orchestral du début, en rythme pointé, fort et menaçant, à quoi répond une petite phrase entrecoupée ; ainsi plusieurs fois en alternance, avec parfois un surcroît de plainte (mes. I 1-15, en syncopes déchirantes) que le rythme pointé étouffe à nouveau, triomphant jusqu'à la fin. — En dépit de ses sixtes et de son 6/8 de sicilienne, le thème de l'allegro scherzando final est âpre et vindicatif; ici encore, oppositions et contrastes dramatiques, entre pianos et fortissimos, entre phrases plaintives et octaves violentes. — Dans toute la sonate, une écriture classique, où la vigueur et la netteté des idées et des lignes remplacent la fantaisie baroque.
Sonate en ré majeur (W. 65/40, H. 177) t .omP 1763 (Potsdam).
L'allegro pourrait être signé de Haydn, presque sans changement : l'écriture parfaite, la thématique, et cette sobriété, cette efficacité classique atteinte une fois pour toutes, en dépit des changements incessants de manière. L'électricité des triolets qui rompent le cours de l'exposition et bousculent ses croches se communique au développement. L'allegro final, à cette vie un peu trop nerveuse, ajoute du piquant, de l'esprit. — Entre les deux mouvements vifs s'étend un admirable larghetto (en ré mineur), où tout chante, tant la droite, qu'elle joue des sixtes et des tierces ou tourne lentement une broderie, que la gauche, où la moindre double croche, selon la leçon apprise de Jean-Sébastien, doit compter, en ces dessins qui montent amoureusement vers la droite, et plus loin lui font écho ou même la précèdent, ou l'imitent à la note près. Nocturne et soliloque, aussi discret que sensible. Ici encore, le fantasque et le décousu sont remplacés par le précis, mais poétique : et l'on se dit soudain (l'espace d'un instant) que c'est peut-être l'extravagance qui est prosaïque...












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