Les arpéges au piano
l'indextien, compositeur et acteur, à des spectacles de danse avec Geneviève Sorin.
Son engouement pour la musique manouche marque son jeu : il a développé sa main droite, joue très peu « en ligne » et son phrasé tient plus du flamenco que du jazz. Sa technique de poignet lui permet de faire des « roulements » très rapides en effleurant à peine les cordes, roulements qui, combinés à de longs mouvements en accords, donnent une impression d'orchestration derrière la partie principale. Ces qualités font de lui un soliste passionnant. - P.B. & C.G.
« Rêves en couleurs » (1976), « Pot-pourri pour parce que » (1977), « Concert au Totem » (1979); « Big Band de Guitares » (Marais, 1983) ; avec Jaume : L'Homme étoilé (1985), « Songs And Dances » (1987) ; Little Piece 4 (McPhee, 1990) ; « Le goût du jour » (1991).
Boogie-woogie. Onomatopée d'ori-gine imprécise qui est aussi le nom d'une danse. Les formes archaïques de ce style étaient connues sous une bonne quinzaine
de noms dont fast western, the crawl, the rocks, the fives, the dozens, etc.
Le boogie-woogie est originellement une manière spéciale d'interpréter le blues au piano qui semble avoir pris naissance dans les barrelhouses ou honky tonks au début du me siècle et spécialement au Texas. Ce que l'on a appelé le « barrelhouse piano » ou « honky tonk piano était un style à base de blues, très puissant, simple et direct. Avec l'émigration des Noirs vers les centres urbains, le barrelhouse piano cède la place aux « house rent parties » où l'on joue du piano boogie.
Le premier boogie enregistré semble être Chicago Stomp par Jimmy Blythe en 1924. En 1927, Meade Lux Lewis grave
le célèbre Honky Tonk Train Blues.
Clarence Pinetop Smith enregistre, en 1928, un morceau dans lequel le mot « boogie-woogie » figure pour la première fois dans un titre : Pinetop's BoogieWoogie, morceau de référence, pillé par tous les pianistes. En 1938, grâce aux premiers concerts de jazz au Carnegie Hall de New York, auxquels participent en bonne place Pete Johnson, Albert Ammons et Meade Lux Lewis, la boogie- woogie craze va se propager d'un coup à travers les Etats-Unis. Des pianistes blancs, comme Freddie Slack ou Bob Zurke, vont découvrir et pratiquer ce style, des compositeurs vont l'édulcorer, des paroliers y ajouter des « lyrics », des
arrangeurs vont l'orchestrer pour des big bands comme ceux de Tommy Dorsey, Count Basie, Woody Herman, Lionel Hampton. On ira même jusqu'à jouer des airs classiques en boogie (du Vol du bourdon aux Polonaises de Chopin), et à le transformer en brillants exercices de virtuosité sur des tempos de plus en plus rapides, au détriment du swing et du feeling que possèdent les grands interprètes noirs. Par la suite, de nombreux petits groupements comme ceux de Louis Jordan, Amos Milburn, Bill Doggett et Louis Prima vont jouer le rythme shuffle du boogie-woogie à l'accompagnement.
Le boogie-woogie est certainement le plus « africain » de tous les styles de piano-jazz, par son caractère essentiellement rythmique et obsessionnel, dû à la partie de main gauche employant des figures répétitives (ostinato). La main droite est totalement indépendante et brode des riffs et des phrases mélodiques utilisant tous les procédés du blues au piano. Elle crée souvent des rythmes qui contrecarrent la main gauche. Cette poly-rythmie va contribuer à l'intérêt, à la réussite de l'ensemble. Les figures de main gauche sont infinies et les fameuses huit croches par mesure (eight to the bar) - archétype de ce style - sont souvent énoncées comme seul procédé de basses existant ; pourtant la formule peut s'étendre de trois basses (Yancey 's Bugle Cali de Jimmy Yancey) à douze basses par mesure (Dooji Wooji d'Ellington). Le boogie-woogie se joue aussi binaire (nombreux exemples dès la fin des années 20) et essentiellement sur les accords simples du blues.
Il ne faut pas sous-estimer le rôle important du boogie-woogie dans le jazz et ne pas oublier que les pianistes boogie et leur walking bass ont été pillés par la plupart des musiciens de rock and roll (Jerry Lee Lewis par exemple).
Parmi les plus grands pianistes de ce style, on peut citer les précurseurs Jimmy Blythe, Pinetop Smith, Cripple Clarence Lofton, Jimmy Yancey, Montana Taylor, Cow Cow Davenport, Henry Brown, puis les classiques Pete Johnson, Albert Ammons, Meade Lux Lewis, Sammy Price, Jay McShann, Memphis Slim, Lloyd Glenn, etc.
Autres pianistes ayant pratiqué le boogie occasionnellement avec succès : Big Maceo, Count Basie, Mary Lou Williams,
Art Tatum, Milt Buckner, Ray Charles, Ray Bryant, etc.
En France, Jean-Paul Amouroux, Jean l'cron Garvanoff (élève de Pete Johnson) et Philippe Lejeune perpétuent la tradition avec ferveur. - Ph.B.
Meade Lux Lewis : Honky Tonk Train Blues (1927), Yancey Special (1936) ; Pinetop Smith : Pinetop's Boogie•Woogie (1928) ; Pete Johnson : Math Ray Boogie (1941); Albert Animons : Boogie-Woogie Stomp (1939), Bass Coin' Crazy (1942) ; Albert Ammons-Pete Johnson : Sixth Avenue Express (1941); Big Maceo : Chicago lireakdown (1944) ; Earl Hines : Boogie-Woogie On St Louis Blues (1949).
Book. Voir Répertoire.
BOOKER Walter. Contrebassiste américain (Prairie View, Texas, 17-12-1933). Le piano et la clarinette qu'il étudie dès son enfance sont ses premiers instruments. Ce n'est qu'au terme de ses études (diplôme de psychologie) qu'il commence à jouer dans des groupes locaux. Pendant son service militaire (1956-58), il étudie la contrebasse qu'il adopte définitivement. En 1964, il est à New York, dans les sections rythmiques qui entourent Donald Byrd, Sonny Rollins, Ray Bryant (1965), Art Farmer (1966-67). On le trouve ensuite avec Thelonious Monk, Stan Getz, puis, en 1968, au sein du quintette de Cannonball Adderley où il remplace Sam Jones. Après la mort du saxophoniste, en 1975, il est engagé par Sam Rivers, Wayne Shorter, puis Charles Tolliver avec qui il effectue une tournée en Europe. L'intelligence de son accompagnement a été appréciée par de nombreuses chanteuses comme Nancy Wilson, Betty Carter ou Sarah Vaughan, avec qui il est venu en Europe en 1977. A partir de 1980, il est très actif dans les studios d'enregistrement et dans les formations jouant pour la radio et la télévision. Il a participé à des disques de Pharoah Sanders, David Newman, Bertha Hope, Billy Higgins, Clifford Jordan, Joe Zawinul, John Hicks, Junior Cook, Kenny Barron, Nat Adderley, Richie Cole...
Avec juste ce qu'il faut de « fantaisie » pour aviver le discours du soliste qu'il soutient et une roborative efficacité, il est l'un des indispensables artisans du jazz « moderne » depuis trois décennies. A.C.
Everything Happens To Me (1965) ; Alfie's Tiieme (Rollins, 1966); Book's Bossa (Byrd,
1967) ; « Beggars And Stealers » (Robin Kenyatta, 1969) ; Everything Must Change (S. Vaughan, 1977) ; Almost Spring (Rahn - ou Ron - Burton, 1992).
BOONE Richard Dick. Tromboniste et chanteur américain (Little Rock, Arkansas, 23-2-1930). Premières expériences vocales : à cinq ans, à l'église baptiste. 1946 : lauréat d'un concours pour jeunes musiciens, il passe un mois dans l'orchestre de Lucky Millinder. 1948-53 : il fait partie de divers orchestres militaires. De retour à Little Rock, il reprend ses études. Puis, à Los Angeles, il travaille en studio et, comme accompagnateur, dans des clubs. Après avoir fait partie de l'orchestre de la chanteuse Della Reese (1961-66), il est engagé par Count Basie (1966-69) et acquiert une certaine notoriété comme chanteur humoristique. A partir de 1970, il vit en Europe, principalement à Copenhague, fait partie de l'orchestre de la radio danoise, travaille avec Thad Jones, Ernie Wilkins et d'autres Américains émigrés.
Même au trombone, son jeu est marqué par le blues et les inflexions vocales. Chanteur, il a inventé un idiolecte à mi-chemin entre les valeurs rythmiques du scat et les récits sans mots des mumbles de Clark Terry, nuançant sa voix par des effets de sourdine. - P.C.
Boone's Blues (Basie, 1967) ; « I've Got A Right To Sing » (1969) ; B.P. Blues (Wilkins, 1986).
BOOTH Juney. Contrebassiste américain (Buffalo, New York, 1949). Installé à New York à l'âge de dix-sept ans, il y est vite reconnu comme contrebassiste de premier plan, et travaille avec Eddie Harris, Art Blakey, Freddie Hubbard. Il rejoint, en 1969, le groupe de Shelly Manne à Hollywood, se produit au Shelly's Manne-Hole, et enregistre avec lui. De retour à New York, il accompagne Erroll Garner (avril 1970). Mais il se fait surtout connaître aux côtés de McCoy Tyner, notamment à l'occasion du Festival de Montreux en 1973. Lors de séances « live » au Keystone Corner de San Francisco (août et septembre 1974), il enregistre avec le quintette de McCoy Tyner des plages fort intéressantes - il participe aussi, en 1977, au « Beyond The Rain » de Chico Freeman. Puis - assez brusquement -, il quitte le devant de la scène pour retourner dans sa ville natale où il joue de temps en temps. En 1983,
144 / Bop Bostic / 145
il enregistre en Hollande avec Beaver Harris, et l'année suivante à Milan avec Steve Grossman et Joe Chambers (Red Records).
Afin de mieux souligner sa fonction rythmique, Juney Booth utilise volontiers la basse de manière percussive, insistant sur des motifs répétitifs qu'il fait varier de façon presque imperceptible. Une sonorité consistante, un jeu volontairement dépouillé, aux assises nettes, consti-tuent les éléments dominants de son style. A la fois hiératique et dansant, ce jeu réactive de façon originale une approche inspirée des traditions africaines. - C.B. & J.L.A.
Avec Tyner : Walk Spirit Talk Spirit, Atlantis (1973-74) ; Star Eyes (Grossman, 1984).
Bop. Voir Bebop.
Bopper. Musicien qui joue du bebop. Synonyme : bopster.
BOSE Sterling Belmont « Bozo ». Trompettiste et chanteur américain (Florence, Alabama, 23-2-1906/St Petersburg, Floride, juin 1958). Adolescent, il figure déjà dans des orchestres locaux et monte en 1923 à St Louis, où il joue avec les Crescent City Jazzers et les Arcadian Serenaders (il y remplace Wingy Manone en 1925). En 1927, il entre chez Jean Goldkette à Detroit. L'année suivante, il joue dans l'orchestre d'une station de radio à Chicago avant d'être engagé par Ben Pollack (1930-33), qu'il quitte pour se consacrer au travail de studio. En 1934, il joue dans l'orchestre de Joe Haynes dont Tommy Dorsey, l'année suivante, prend la succession. En 1936, il est chez Ray Noble, puis Benny Goodman, Glenn Miller en 1937, Bob Crosby en 1938-39, Bobby Hackett (1939), Bob Zurke (1940), Jack Teagarden (1940). A Chicago, il forme un trio (1940) et entre dans le grand orchestre de Bud Freeman (1942). A New York, il travaille avec Georg Brunis (Famous Door, 1943), Bobby Sherwood (1943), Miff Mole (Nick's, 1944), Art Hodes, Horace Heidt (1944). A partir de 1945, il effectue de nombreux mais courts séjours dans divers orchestres à New York et Chicago avant de partir pour la Floride où il se fixe à St Petersburg, dirigeant un orchestre de 1948 à 1957 (Municipal Ballrom, Soreno Lounge). Miné par une grave maladie, il se suicide.
Sterling Bose n'a pas échappé à l'in-fluence de Louis Armstrong. C'est un bon technicien, pourvu d'une belle sonorité, qui improvise avec aisance. - A.C.
Angry (Arcadian Serenaders, 1925) ; Sweet And Hot (Pollack, 1931) ; avec Dorsey : Die Music Goes Round And Round, The Day I Let You Get Away (1935) ; St Louis Blues (Goodman, 1936) ; Loopin' The Loop (Crosby, 1938) ; I Know That You Know (Rod Cless, 1946).
Bossa-nova (e nouvelle vague » ). Mouvement artistique, et musical en particulier, né au Brésil à la fin des années 50 et actif sur tout le continent américain pendant les années 60. Née, selon Jobim, « de la rencontre entre la samba brésilienne et le jazz moderne », la bossa-nova connaît un précurseur en la personne du compositeur José Alfred° da Silva (dit Johnny Alf) qui, dès 1949, apporte à la samba brésilienne Tes éléments constitutifs du jazz moderne. Mais il faut attendre l'entrée en matière de Jobim (Sinfonia de Rio de Janeiro, 1955) pour entrevoir les prémices du mouvement bossanoviste. Le disque « Foi a noite » de la chanteuse Silvia Telles, le premier enregistrement de Joâo Gilberto (Chega da saudade, 1959) et la rencontre de Jobim avec Vinicius de Moraes à l'occasion de la bande-son d'« Orfeo Negro » (le film de Marcel Camus, Palme d'or à Cannes en cette même année) vont précipiter les choses.
Chez Antonio Carlos « Tom » Jobim (Rio, 1927), de grandes arches mélodiques, la plupart du temps articulées sur la partie faible de l'unité métrique, reposent sur un développement harmonique modulant fondé sur de riches accords de substitution et un balancement rythmique syncopé et régulier. L'émission vocale, proche de—la parole, en subtil décalage avec son propre accompagnement gttitaristique, refuse, chez Joâo Gilberto (Bahia, 1931) toute effusion sentimentale et toute utilisation expressive du vibrato. La coïncidence esthétique avec les textes, inspirés du quotidien, du poète et diplomate Vinicius De Moraes (Rio, 1913- 1980) est parfaite : le mot devient son, le poème devient musique.
La bossa-nova connaît alors un succès grandissant au Brésil, et bientôt de nouvelles figures apparaissent, ou s'y conver-tissent : les chanteuses Astrud Gilberto, Nana Caymmi, Elis Regina, le Samba- lança Trio de Cesar Camargo Mariano, le Sexteto Bossa Rio de Sergio Mendes,