Les arpéges au piano

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incrustations conservent les motifs décoratifs de l'Empire — en dehors hien entendu des emblèmes impériaux --- niais le traitement diffère; il est caractérisé pur plus de souplesse, plus de naturel. L'ornementation n'est plus destinée à faire ressortir les structures comme sous l'Empire, mais à animer les placages. Les bronzes sont de moins en moins employés. Malheureusement, parmi les collections observées et au travers des catalogues disponibles, nous n'avons pas relevé de piano à queue français datant de cette période.

Style Louis-Philippe
Suite à la révolution de Juillet 1830 et à l'abdication de Charles X, Louis-Philippe est proclamé roi des Français le 7 août 1830. Il règne jusqu'en février 1848 où une nouvelle révolution aboutit à la proclamation de la deuxième République. Le style Louis-Philippe s'étend des environs de 1830 à 1850. «Eclectisme non endigué», «kaléidoscope de styles», «anarchie stylistique», tels sont les termes qui qualifient le Louis-Philippe dans les différents ouvrages d'art décoratif. C'est avant tout un souci de confort qui va présider à la construction du mobilier et non plus un désir d'élégance ou d'apparat. «L'évolution normale suivie par les styles Empire et Res-tauration confère au Louis-Philippe plus de roideur et en même temps plus de mol-lesse, moins de mouvement dans les grandes lignes, par désir d' économie, de sim-plification, d'utilisation de machinee.» Si l'on ajoute à cela l'intérêt du passé qui désormais s'applique à toutes les époques, c'est un manque de cohésion et d'unité stylistique qui en résulte. Les bois foncés sont préférés aux essences claires, metta tout particulièrement à l'honneur le palissandre.
L'un des pianos à queue ayant appartenu à Chopin, le Pleyel de 1839, conservé au Musée de la Musique de Paris, est représentatif du style Louis-Philippe. De dimensions plus importantes, le meuble a acquis un aspect massif. Plaqué d'acajou, il est peint en noir. Toutes les structures et contours sont arrondis : le couvercle, la queue de l'instrument, les différents angles, le support des pédales en forme de lyre, le porte-partition.
L'instrument repose sur trois lourdes balustres', dont le chapiteau, le haut du vase et le piédouche sont sculptés de feuillages. Le plus ancien témoin observé, possédant ce type de pied, est un piano à queue construit également par la firme Pleyel en 1831. En l'absence de témoins entre 1818 et 1831, il est impossible de préciser à quel moment les pieds tronconiques ont été abandonnés en faveur des pieds tournés en balustre. Il semble toutefois logique de situer la fin de cette pratique parallèlement à la désuétude du style Empire, vers 1825. Notons que, dans les pianoforte français ultérieurs à 1830, on observera des balustres simples, godronnés12, à facette, ou encore comme dans le cas de ce Pleyel de 1839, sculptés de feuillages. Cette dernière caractéristique semble, par ailleurs, spécifiquement française.
Les boutons de fermeture du couvercle en bronze doré sont ciselés en un motif de mascaron entouré de rinceaux et de feuillages. La barre d'adresse, cernée d'un dou
10 VERLET (éd.), op. cit., p. 166.
" Les balustres sont des colonnes dont le fût n'est pas rectiligne mais porte un renflement vers le milieu. 12 Ce terme désigne des cannelures en relief, plus précisément «des ornements renflés en forme d'oves allongés, disposés verticalement» sur la tige ou vase du balustre.
4. Piano à queue, Ignace Pleyel & Cie, Paris, 1839. Musée de la Musique de Paris, E. 977.4.1.
ble filet de laiton, porte une étiquette rectangulaire en sycomore avec la mention : Médailles d'Or 1827 & 1834/Ignace Pleyel & CielFacteurs du Roi/Paris.
Le clavier présente des touches diatoniques en ivoire et des touches chromatiques en ébène. Mais les frontons des touches ne sont plus, cette fois, moulurés «à l'anglaise». Cette pratique a dû être abandonnée entre 1818 et 1831 puisque le Pleyel de 1831, conservé au Musée instrumental de Bruxelles, possède déjà des frontons plats.

Facture allemande et autrichienne

«Dans la seconde moitié du xvinv siècle et au début du me siècle, nulle frontière ne sépare l'Europe centrale de l'Europe française.» L'art français s'impose et l'on observe de 1760 à 1830 «une universalité du néoclassicisme en dépit de différences nationales et régionales »13.
Pianoforte viennois et allemands de la fin du XvIlie siècle
Le pianoforte de Johann Schmidt, construit à Salzbourg en 1788, est typique de la facture viennoise et allemande de la fin du xvine siècle. La sobre élégance de la caisse, le parfait équilibre réalisé entre les lignes droites et les courbes en sont caractéristiques. Notons que la queue de l'instrument est arrondie alors que dans les pianos à queue anglais ou français, elle forme toujours, à cette époque, un angle avec l'échine.
Le pianoforte de Johann Schmidt est pourvu de cinq pieds fins tronconiques sans cannelure. Toutefois, de la fin du 'mn' siècle au début du xixe siècle, les pianos à queue provenant des régions austro-allemandes reposent plus généralement sur qua- tre à cinq pieds «en gaine14».
Dès les débuts de la facture et jusqu'au tournant du xvme et xixe siècles, les pianoforte allemands et autrichiens15 ont, comme ce pianoforte de Johann S
un clavier «semi-dégage» puisque les extrémités respectives de l'échin et de la joue sont inclinées. Les marches sont en poirier noirci ou en ébène, al rs que les feintes sont plaquées d'os, plus rarement d'ivoire. Le clavier présente donc des couleurs inversées par rapport aux instruments anglais de la même époque17. Quant à la décoration des premiers pianoforte autrichiens et allemands, nous constatons, au vu de l'instrument de Johann Schmidt, qu'elle est extrêmement simple, uniquement basée sur l'agencement des veines du placage d'acajou.
Pianoforte viennois du début du XIXe siècle
Dans le premier quart du xIxe siècle, parallèlement à la vogue du style Empire, les formes acquièrent une certaine raideur. Les lignes se doivent d'être géométriques et droites; la courbe disparaît. Par rapport à l'instrument de Johann Schmidt, des changements seront perceptibles à différents niveaux.
13 P. VERLET (éd.), op. cit., p. 56.
14 C'est-à-dire de section carrée décroissante.
15 A l'exception des instruments de Gottfried Silbermann.
Le plus récent témoin daté, dont les bords du clavier sont encore inclinés, est le pianoforte de Chris- toph Friedrich Schmahl de 1804, provenant de Ratisbonne.
Le plus vieux piano à queue observé provenant des régions austro-allemandes, qui ne présente pas un clavier aux couleurs inversées, est le pianoforte d'Anton Walter, construit à Vienne, vers 1795. Inverse- ment, le pianoforte de Christoph Friedrich Schmahl de 1804, originaire de Ratisbonne, est le plus récent piano à queue, daté, possédant un clavier aux couleurs inversées. Un autre pianoforte, provenant de Koenigshofen, et signé Johann Kaspar Schlimbach, possède également un clavier aux couleurs inversées. On ne connaît malheureusement pas la date précise de facture, mais nous la situons postérieurement à celle de l'instrument de Sclunahl, vers 1810 d'après la tessiture (6 octaves, de fa.' à fa6) et l'aspect externe du meuble. 5. Piano à queue, Johann Schmidt, Salzbourg, 1788. Smithsonian Institution, 303,536.
Au niveau de la forme générale, la queue des instruments n'est plus arrondie et les pieds ne sont plus de section cylindrique mais de section carrée. De plus, à partir de 1808, les pédales se substituant aux genouillères, les pieds postérieurs sont reliés par une fine traverse portant une lyre décorative. Autre différence, la hauteur de la ceinture est constante et le clavier n'est donc plus dégagé. Cette disposition semble avoir été maintenue dans les pianos à queue provenant de ces régions jusqu'en 1840 environ. Le plus vieil instrument observé, possédant un clavier dégagé, est le piano à queue de J. Schneider, construit vers 1842-1845. Au niveau de la décoration, les surfaces des meubles sont plaquées d'acajou rouge et sombre. Elles sont décorées d'ornements de bronze doré.
" De 1810 à 1820 environ, de façon semble-t-il localisée à Vienne, plusieurs facteurs sculptent les supports des pianoforte en caryatide, dans le goût du style Empire.


8. Barre d'adresse du piano à queue de Franz Lauterer, Vienne, c. 1833. Smithsonian Institution, 303,535.
Le piano à queue de Franz Lauterer, construit à Vienne vers 18332°, illustre cette nouvelle esthétique de la forme et de l'ornementation propre au style Biedermeier. Comparé aux structures légères des pianoforte des régions austro-allemandes de la fin du XVIIIe siècle et du début du xixe siècle, l'aspect global du meuble est massif. Ce caractère imposant est accentué par les trois pieds en forme de colonne dorique, cerclés d'anneaux en bois doré et posés sur un socle épais. Cette forme de pied, caractéristique du style Biedermeier, sera utilisée jusqu'en 1828 environ. A partir de cette année, on rencontrera plus couramment dans les régions austro-allemandes, comme par ailleurs dans toute l'Europe, des pieds tournés en balustre.
La caisse est plaquée non plus d'acajou, mais d'un bois fruitier aux teintes claires — probablement du merisier. Ce placage constitue la seule ornementation du meuble. La barre d'adresse, convexe, est ornée d'un cartouche rond constitué d'un biscuit blanc cerclé de bronze ciselé. Il porte en lettres noires la simple mention : Franz Lauterer in Wien. Notons enfin que si le galbe des surfaces, les contours, les angles et les lignes arrondies sont caractéristiques du Biedermeier, la triple courbe de la ceinture est une forme spécifique à la facture viennoise des pianos à queue de 1820 à 1830 environ.
20 Le pianoforte de Franz Lauterer (°177041833) est daté dans la check-list de la Smithsonian Institution de Washington de 1835 environ. Franz Lauterer étant décédé en 1833, il faut ramener la date de facture au plus tard à cette année.

Facture anglaise
Quatre pianoforte de la firme londonienne Broadwood datés respectivement de 1794, 1810, 1825 et 1838 environ permettront de décrire la facture anglaise. D'emblée, la comparaison des différents clichés illustre une évolution relativement peu conséquente, tout au moins entre les trois premiers instruments.
l'ianoforte anglais de la fin du xVille siècle
Le piano à queue fabriqué par John Broadwood et son fils en 1794 se situe stylistiquement à la fin de la période dite Late Georgian qui couvre la fin du xvine siècle, de 1760 à 1800 environ. Cette période est dominée par l'influence de trois architectes et décorateurs : Adam, Hepplewhite et Sheraton. Elle est marquée en Angleterre, comme en Europe, par l'avènement du néoclassicisme. L'intérêt suscité par l'archéologie fait des dernières années du xvme siècle un moment charnière, marquant d'une part l'abandon du baroque, d'autre part la réintroduction d'éléments décoratifs puisés dans l'Antiquité mais interprétés dans des formules nouvelles et variées. Ces tendances se traduisent par des meubles aux formes simples et allégées, aux contours rectilignes et aux surfaces planes dans lesquels on ressent une influence architecturale. Les bois les plus employés sont l'acajou et le citronnier (satinwood). Vu la très grande vogue de ce dernier, cette période est également désignée par l'expression The age of satinwood. Les structures des meubles sont légères, soulignées par de fines marqueteries ou par des incrustations de simples filets. Les serrures sont souvent masquées par des éléments de bronze doré. Le principe de symétrie est de nouveau respecté. L'ensemble de ces conceptions concourt à créer une atmosphère de sobriété et d'élégance sans ostentation21.
Le pianoforte de John Broadwood & Son de 1794 est typique des premiers instruments anglais et établit dès le départ les normes esthétiques en vigueur jusqu'en 1825. La forme générale est identique à celle des clavecins anglais alors fabriqués par Kirkman ou Shudi. La queue forme un léger angle par rapport à l'échine. Les arêtes des angles sont nettes. Le clavier de l'instrument n'est pas visible latéralement, puisque la ceinture du meuble conserve une hauteur constante jusqu'à l'extrémité de la caisse. Il possède des touches diatoniques en ivoire et des touches chromatique en ébène. Les frontons sont soigneusement moulurés. Ils le resteront, par ailleurs, durant toute la période envisagée par cette étude, contrairement aux pianoforte 'français.
La caisse est recouverte d'un placage d'acajou de Cuba avec encadrement de même essence, séparé par un filet de bois plus clair (sycomore) qui découpe le plan des surfaces en panneaux. Le couvercle de l'instrument est en acajou massif. Le meuble repose sur un piétement aux montants en pilastre, reliés par une simple barre d'entretoise. Les deux pédales sont placées de manière protubérante, latéralement sur les pieds avant. Cette pratique de placer l'instrument sur un piétement sera constante jusqu'en 1810. Quant aux montants en pilastre, ils seront utilisés jusqu'en 180422,
2' Il est clair que ce courant stylistique est extrêmement complexe et peut être lui-aussi subdivisé en différents courants. Nous nous limitons ici à rappeler les grandes lignes et tendances.
22 Parmi les instruments repris dans les tableaux synoptiques, les seules exceptions à cette nonne sont, d'une part, le pianoforte de J.C. Hancock, daté de 1775 environ (l'instrument en forme d'épinette, plaqué


9. Piano à queue, John Broadwood & Son, Londres, 1794. Smithsonian Institution, 303,530.
date à partir de laquelle les montants seront taillés en pointe. Incrusté dans la barre d'adresse en citronnier, un cartouche ovale porte en lettres noires la marque de la firme : Jno. [John] Broadwood & Son/Great Pulteney Street, Golden SquarelLondon 1794. Les anneaux de fermeture du couvercle, aux masques de lion, sont disposés symétriquement à intervalles réguliers le long de la courbe.
Pianoforte anglais du premier quart du XIXe siècle
Le pianoforte de John Broadwood & Sons de 1810 date de l'époque Régence qui s'étend de 1800 à 1830 environ. Le goût pour l'antiquité classique, que l'on avait vu naître dans la seconde moitié du )(vine siècle, s'accroît. Toutefois, la reproduction de plus en plus scrupuleuse des modèles mène progressivement, comme dans le style Empire français, à un certain formalisme. Les thèmes et motifs repris à l'Antiquité

de noyer, repose sur un piétement aux pieds tournés dans le style Louis XIII ou style Elisabethain), et d'autre part, le pianoforte de R. Stodart de 1790 dont les pieds en balustre ne nous semblent pas d'origine. 10. Piano à queue, John Broadwood & Sons, Londres, 1810. Musée instrumental de Bruxelles, 1636.

sont traités avec raideur et perdent leur fantaisie légère, les ébénistes ont tendance à renforcer les lignes structurales des meubles qui acquièrent un aspect massif. Trop de conformisme aboutit à un style sévère, ostentatoire dans lequel solennité se confond avec lourdeur. Dans le choix des matériaux utilisés, the age of satinwood (citronnier) cède le pas à the age of mahogany (acajou), travaillé en « larges panneaux soigneusement assortis ou opposés». La décoration se réduit au minimum. Seules comptent la «proportion et l'harmonie des formes, la qualité du bois dont on met en valeur les veines et la couleur»23.
Lorsqu'on observe le Broadwood de 1810, on constate que le passage d'un style à l'autre est, somme toute, peu marqué. L'instrument de 1810 est analogue à celui de 1794. Le piétement a été remplacé par des pieds en balustre, vissés directement dans la caisse de l'instrument. Remarquons que la queue est soutenue par deux balustres, le nombre total de pieds étant dès lors de quatre. A partir de 1830, les pianoforte anglais ne seront plus munis que de trois pieds, un seul supportant la queue de l'instrument. Comme dans le cas des pianos à queue français, les balustres pourront être simples, sans aucune décoration, parfois resserrés comme dans ce Broadwood de 1810 par des anneaux de bois foncé, le dé de raccordement souligné par un filet; mais elles feront parfois l'objet d'une décoration plus sophistiquée. Notons aussi que l'extrémité des pieds sera toujours protégée par un sabot de laiton ou de bronze, monté sur une roulette pour faciliter le déplacement de l'instrument.
La caisse de ce Broadwood de 1810 est plaquée d'acajou blond Honduras entouré par une alaise en travers fil d'acajou foncé de Cuba. Les deux acajous sont séparés par un filet d'ébène. Les pédales sont placées sur une lyre, dont les contours sont soulignés par des filets d'ébène. La barre d'adresse, en citronnier, est identique à celle de l'instrument de 1794. L'inscription contenue dans le cartouche est différente : John Broadwood & Sons/Makers to His Majesty/and the PrincessesIGreat Pulteney Street, Golden SquarelLondon.
Le pianoforte de John Broadwood & Sons, daté de 1825, appartient lui aussi à l'époque Régence. Construit quinze ans plus tard que le Broadwood du Musée ins-trumental de Bruxelles, on constate que ce pianoforte n'a pas ou peu évolué exté-rieurement. Bien entendu, les dimensions de la caisse sont légèrement plus impor-tantes, proportionnelles à l'accroissement de la tessiture. Mais la forme générale de l'instrument est identique, le placage de la caisse également. Les différences portent sur trois points seulement. D'une part, les boutons de fermeture du couvercle — manquant sur le pianoforte de 1810 — ont la forme de fleurs stylisées. D'autre part, le dé de raccordement séparant les pieds en balustre de la caisse est décoré d'une incrustation d'ébène à motif floral stylisé. Enfin, la barre d'adresse occupe toute la hauteur des joues. En palissandre, elle est entourée d'un fin filet de laiton. Le car-touche rectangulaire en sycomore est lui aussi cerné d'un filet de laiton et porte la marque suivante : John Broadwood & SonslMakers to His Majesty & the Prin-cesses/Great Pulteney Street, Golden Square/London. Notons également que le cla-vier n'est toujours pas visible latéralement. D'après C.F. Colt, ce n'est qu'en 1827 que la firme Broadwood fabriquera des pianos à queue aux claviers dégagés24. Le

11. Piano à queue, John Broadwood & Sons, Londres, 1825. Collection privée E. Beunk.
plus ancien pianoforte anglais que nous avons relevé, possédant une boite de clavier ouverte date de 1821. Il s'agit du pianoforte de T. TomIdson25, construit pour le roi George IV.


12. Piano à queue, John Broadwood & Sons, Londres, c. 1838. Collection privée R. Hasselaar.

inscription imprimée : PatentlRepetition Grand Pianoforte/John Rmadwood & SonslMakers to lier Majestylli Great Pulteney Street, Golden Square/London. 1:étiquette est entourée de part et d'autre d'une décoration stylisée de fleurs et d'arabesques, incrustées en laiton.
Il faut donc conclure, après avoir observé ces quatre instruments, que l'évolution du meuble du piano à queue anglais est peu importante, tout au moins de 1790 à 1830 environ. Durant cette période, l'instrument conserve la même structure for-melle. La caisse est invariablement plaquée d'acajou, avec un encadrement de la même essence séparée par un filet incrusté. Face à ces constatations, l'étude des barres d'adresse se révélera être un indice de datation extrêmement plus précieux. A titre d'exemple et en ce qui concerne la firme Broadwood, notons qu'en 1794, le fils aîné de John Broadwood entre dans l'atelier familial. La barre d'adresse jusqu'alors en sycomore et portant une inscription en langue latine, est, à partir de cette année, plaquée de citronnier et ornée d'un cartouche ovale qui porte la mention John Bmadwood & Son. Cette inscription subsiste jusqu'en 1808, année durant laquelle le deuxième fils de John Broadwood entre dans la firme. On trouve alors : John Bmadwood & Sons. D'autre part, à partir de 1800, les Broadwood fournissent des instruments à la cour d'Angleterre. On aura donc : Makers to His Majesty de 1800 à 1820 (règne de George III) et de 1822 à 1830 (règne de George IV); Makers to Their Majesties de 1820 à 1821 (règne de George IV et Caroline) et de 1830 à 1837 (règne de William IV et Adélaïde) et Makers to Her Majesty de 1837 à 1901 (règne de Victoria). Autre détail : à partir de 1813, les barres d'adresse de la firme Broadwood seront en palissandre et porteront une étiquette rectangulaire. De plus, de 1825 à 1827 environ, elles occuperont toute la hauteur des joues26.

ÉLÉMENTS MÉCANIQUES


Pianoforte anglais du deuxième quart du XIXe siècle
Le dernier instrument anglais que nous observerons est le pianoforte de John Broadwood & Sons, daté de 1838 environ. Il correspond au début du style victorien, style qui couvre près de soixante-dix années, de 1830 à 1900 approximativement. Comme le Louis-Philippe français, le style victorien présente une diversité et un mélange de styles assez déroutants. Les copies des styles du passé sont de plus en plus nombreuses. La plupart du temps fantaisistes, elles ne sont pas basées sur des critères strictement historiques. Jusqu'au milieu du 'axe siècle, l'évolution des meubles de style néoclassique se poursuit également mais les formes s'alourdissent, les proportions se font plus massives, obéissant avant tout à des impératifs de confort. L'acajou, le palissandre, le noyer sont encore abondamment employés mais on recherche moins les effets de contraste : incrustations, marqueteries, dorures tombent en désuétude. Par contre, la sculpture sur bois revient peu à peu à la mode.
Le pianoforte de 1838 environ est un superbe instrument plaqué de palissandre. Les joues sculptées dans un bois plus foncé dégagent le clavier. Les contours et les angles de la caisse sont arrondis. Les pieds en balustre godronné et feuillagé ont reçu une attention toute particulière; ils font écho aux motifs encadrant le clavier. La barre d'adresse en palissandre possède une étiquette rectangulaire en papier portant une
Les mécaniques
Dans les pianos à queue observés, essentiellement deux types de mécanique sont utilisées : la Prellzungenmechanik d'une part, et l'English grand action d'autre part. Parmi les instruments étudiés, seuls 16 possèdent d'autres types de mécaniques.
Prellzungenmechanik
La Prellzungenmechanik équipe la majorité des pianos à queue allemands et au-trichiens. L'invention de cette mécanique est attribuée à Johann Andreas Stein (°1728-t1792), facteur d'orgues à Augsbourg. On ne connaît pas précisément la date d'invention de la Prellzungenmechanik mais on la situe au début des années 1770.
La Prellzungenmechanik est également désignée par les termes de « mécanique allemande» et de «mécanique viennoise». Ce dernier terme est employé à partir de 1794, année durant laquelle les enfants de Johann Andreas Stein, Nanette et Matthilus Andreas, transfèrent l'atelier familial à Vienne. La mécanique viennoise est identique à la mécanique allemande ou Prellzungenmechanik. Il serait donc préférable



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