Le jour où la musique m' a transpercé
l'indexliées. Il semble que les facteurs allemands et viennois n'adoptent ce système que ucoup plus tardivement. Le plus vieux témoin observé, possédant ce type de 'orcement de la caisse, est le piano à queue de Kisting & Sohn, daté approximament de 1828-1832.
es barres métalliques vont être combinées à un sommier de pointes métallique 1827. On peut l'observer sur le piano à queue de Clementi and Co, construit à
Londres aux environs de 1827. Ce système est breveté la mème année par la firme Broadwood. C'est également dans les années 1820 que l'idée de cadre métallique voit le jour. La première étape décisive est franchie en 1820 par James Thom et William Allen qui déposent un brevet pour un cadre de compensation. Le but de leur recherche était de trouver un moyen pour éviter qu'un instrument ne se désaccorde à cause des changements de température. On sait maintenant que ce ne sont pas tant les changements de température, mais bien ceux du taux d'humidité qui sont responsables du désaccord. Les droits de ce brevet furent immédiatement rachetés par William Stodart chez qui Thom et Allen étaient employés. C'est à Alpheus Babcock que revient la primauté d'avoir conçu le premier cadre métallique complet en une pièce, breveté le 17 décembre 1825 à Boston. Ce cadre était toutefois destiné à un piano carré. Enfin, en 1843, Jonas Chickering, de Boston, fait breveter un cadre métallique fondu en une pièce pour piano à queue. Celui-ci, bien qu'il solutionne les différents problèmes de tension, ne sera que progressivement adopté dans la seconde moitié du xixe siècle.
Le chevalet
Le chevalet joue le rôle d'intermédiaire entre les cordes et la table d'harmonie. Il communique les vibrations des cordes, mises en mouvement par les marteaux, à la table d'harmonie. En outre, le chevalet délimite l'une des extrémités de la longueur vibrante de la corde.
Le chevalet doit être conçu de manière à combiner deux axiomes apparemment opposés : une grande capacité de vibration afin de transmettre efficacement les oscillations des cordes et une résistance importante proportionnelle à la pression des cordes qui s'exerce sur lui. C'est pourquoi le chevalet est constitué de plusieurs feuilles superposées de bois dur, en général de l'érable. Ces feuilles sont collées conjointement, mais de façon à ce que les fibres d'une feuille soient perpendiculaires aux fibres de la feuille suivante. Le chevalet est ensuite collé sur la table d'harmonie. Une telle facture permet d'allier solidité et souplesse.
Dans les premiers témoins, le chevalet est fait d'une pièce continue. En 1788, John Broadwood fait breveter une nouvelle disposition du chevalet qui est scindé en deux parties : chevalet de basses, chevalet des aigus. Cette disposition permet de déterminer de façon plus précise le point d'attaque des marteaux sur les cordes. Or le point de frappe des marteaux est déterminant au niveau du timbre de l'instrument, puisqu'il régit les harmoniques du son fondamental. C'est ce principe qui va déterminer John Broadwood, aidé de deux scientifiques, Thomas Gray et Tiberius Cavallo, à diviser le chevalet afin que les marteaux frappent les cordes à un neuvième de la longueur vibrante, supprimant le neuvième partiel. Cette disposition ne sera tout d'abord pas universellement adoptée. Dans un premier temps, seuls les facteurs anglais et français suivent cet exemple. Les pianoforte d'origine allemande ou autrichienne conservent un chevalet en une pièce jusqu'aux environs des années 1820. Le plus ancien témoin que nous avons pu observer, possédant un chevalet divisé, est un pianoforte fabriqué à Munich par J. Sailer en c. 1820-1825. Les instruments d'Europe centrale postérieurs à cette date possèdent un chevalet double, à l'exception de quelques instruments tels le Haschka (c. 1825) ou le Kisting & Sohn (c. 1828).
Les Jeux
L'analyse de ce paramètre illustre une nouvelle fois les divergences de facture entre les instruments continentaux — plus spécifiquement les allemands et autri-chiens — et les instruments anglais.
Pianos à queue anglais
Dans les pianos à queue anglais, les jeux sont actionnés par des pédales. Celles-ci sont déjà présentes sur des instruments datant des années 1770 tels le piano à queue d'Americus Backers daté de 1772 ou encore le piano à queue de Hancock daté de 1775 environ. Il faut donc en déduire que, bien que l'on attribue l'invention des pédales à John Broadwood, les pédales étaient déjà en usage plusieurs années avant qu'il n'en dépose le brevet en 1783.
Durant toute la période envisagée dans cette étude, les pianos à queue anglais observés ne sont munis que de deux jeux : Puna corda et la forte (éventuellement divisée pour le registre grave et aigu). La pédale una corda déplace le clavier et la mécanique latéralement vers la droite — dans de très rares cas vers la gauche — de façon à ce que les marteaux ne frappent plus qu'une corde sur deux ou deux cordes sur trois. L'invention de ce jeu est attribué à Bartolomeo Cristofori puisque deux de ses pianoforte conservés sont munis de ce type de jeu, actionné par un registre. La pédale forte est un mécanisme qui soulève les étouffoirs et les tient éloignés des cordes permettant à celles-ci de vibrer librement aussi longtemps que la pédale est enfoncée. Sur la plupart des pianoforte, la pédale forte soulève l'ensemble des étouf-foirs. En 1806, la firme Broadwood imagine de scinder l'action de cette pédale, allouant au pianiste le choix de soulever les étouffoirs du registre grave indépendam-ment de ceux du registre aigu et inversement. A partir de cette date, les pianoforte de cette firme seront donc munis de trois pédales : una corda, forte pour le registre grave, forte pour le registre aigu. Cette disposition subsistera jusqu'en 1809, époque où l'on ne trouve plus que deux pédales : una corda et forte divisée. La seconde pédale, située à droite, est scindée en deux parties. Cette pratique semble avoir été abandonnée en 1824. Mais la pédale forte — qui n'est donc plus divisée — sera encore souvent ornée en son centre d'une ligne noire symbolique.
Pianos à queue allemands et autrichiens
Les pianoforte d'origine allemande ou autrichienne se distinguent de ceux d'origine anglaise à deux niveaux. D'une part, tout au moins dans un premier temps, dans la façon dont les jeux sont actionnés; d'autre part, dans les types de jeux usités et dans leur multiplicité.
Jusqu'au début du xixe siècle, les jeux dans les instruments allemands et autri-chiens sont actionnés par des genouillères et/ou des registres, alors que les instru-ments anglais sont munis de pédales. Le plus ancien instrument avec pédales que nous avons relevé est un pianoforte viennois fabriqué par Michael Schweighofer vers 1808. Ultérieurement, les pianos à queue munis de genouillères sont rares, mais on en trouve encore jusqu'en 1820. La majorité des pianoforte classiques provenant d'Allemagne et d'Autriche pos-sèdent deux jeux. On pourrait s'attendre à ce que, comme en Angleterre, il s'agisse d'un jeu forte et d'un jeu una corda. Si, en effet, l'une des genouillères actionne un jeu forte, désigné en allemand par le terme de Dâmpfung, la seconde est soit égale-ment une forte — soulevant dans cc cas uniquement les étouffoirs du registre aigu alors que la première soulève les étouffoirs du registre grave — soit une Pianozug, c'est-à-dire l'équivalent d'une pédale céleste intercalant entre les marteaux et les cordes une lame de bois sur laquelle sont collées des petites languettes de cuir ou de tissu d'environ deux centimètres et demi". K. Mobbs52 explique l'absence d'unu corda sur les premiers pianoforte allemands et autrichiens par le fait que, les mar-teaux étant très larges, ils frapperaient après déplacement latéral du clavier la pre-mière corde de la note suivante".
On trouve également, comme c'est le cas dans le pianoforte d'Anton Walter de 1785 environ et celui de J. Schantz daté de la fin du xvine siècle, une genouillère ou un registre actionnant un jeu de basson (Fagottzug). Celui-ci consiste en une tige do bois, recouverte de parchemin, qui, mise en contact avec les cordes basses, produit une sonorité nasillarde assimilée à celle du basson ou Fagott en allemand.
Au début du xixe siècle, les pianos à queue austro-allemands se munissent enfin de pédales. On constate, par ailleurs, une augmentation du nombre de jeux. De 1808 à 1840 environ, les pianoforte allemands et autrichiens présentent trois à huit pédales. Il s'agit en fait de six jeux différents, dont certains peuvent être dédoublés. On trouve la pédale forte ou Dâmpfung qui peut éventuellement être répartie sur deux pédales différentes; la pédale céleste ou Pianozug ou Piano54; la pédale una corda, due corde, Verschiebung; la pédale de luth ou Lautenzug, soit une lame de bois rem- verte de tissu ou de peau dure que l'on appuie sur les cordes le long du sillet; la pédale de basson ou Fagottzug; la pédale de janissaire ou turquerie ou Janitscharenmusik. Cette dernière est composée de clochettes, d'une cymbale et d'un tambour. L'effet de clochettes est obtenu grâce à trois clochettes concentriques de diamètre différent qui sont frappées simultanément par trois mailloches lorsque la pédale est enfoncée. La cymbale consiste en une bande de laiton qui «tombe» sur les cordes du registre grave. Le son du tambour est, quant à lui, imité grâce à un coup frappé par un maillet sur la table d'harmonie. En général, ces trois effets sont actionnés par une seule pédale. On peut toutefois faire résonner cymbale et clochettes indépendamment du tambour en appuyant sur la pédale avec un peu moins de force55. A partir
51 Certains ouvrages ou catalogues de musée établissent une distinction entre les jeux Pianozug et Piano, ce dernier terme désignant un jeu dans lequel la lame de bois est garnie de languettes de cuir de dimensions plus restreintes. Ce terme peut, à notre avis, prêter à confusion puisqu'il est également employé pour désigner la pédale piano dans les pianos droits, pédale qui consiste à rapprocher le marteau
des cordes, diminuant par conséquent le radius du coup du marteau.
52 K. Moins, «Stops and Other Special Effects on the Early Pianos», Early Music, vol. 12, n" 4
(nov. 1984), p. 471-476.
" Rappelons que les instruments autrichiens et allemands classiques sont bicordes par opposition aux
anglais.
54 Certains instruments possèdent deux pédales célestes différenciées par l'épaisseur et la longueur des languettes de cuir, ou, l'une étant recouverte de cuir, l'autre de tissu, ce qui engendre des timbres
différents.
" Le piano à queue construit par le facteur viennois G. Haschka en 1810 environ, conservé au Victoria and Albert Museum de Londres, possède une pédale qui agit uniquement sur les clochettes. On voit donc
que diverses dispositions sont possibles.