Conservatoire de musique
l'index— plus de 5 octaves, à partir de l794 environ 5 octaves et une seconde (fa I à sol),
5 octaves et une tierce (fi, / à lai), 5 octaves et une quinte (f / à don);
— ô octaves (fi, / à fie), à partir de 1808 environ;
— plus de 6 octaves vers 1815-1820
6 octaves et une seconde (fa' à sor) : instruments viennois de 1820 à 1835 envi- ron;
6 octaves et une quarte (do-1 à fa6) : instruments viennois de 1815 à 1825 environ; 6 octaves et une quinte (do-1 à soin) : instruments viennois et allemands de 1825 à 1850 environ;
6 octaves et une sixte (do-1 à la6) de 1830 à 1845 environ;
— 7 octaves (la-2 à la6), à partir de 1845.
Cordes. Les plus anciens témoins sont bicordes sur toute leur tessiture, excepté les dernières notes aiguës qui sont, elles, tricordes. Progressivement, les choeurs tricordes vont devenir plus nombreux par opposition aux chœurs bicordes qui se limiteront au registre grave. Les cordes filées apparaissent vers 1820-1825. Les premières barres métalliques ne sont utilisées que dans les années 1830.
Chevalet. Le chevalet n'est pas divisé avant les années 1820-1825.
Jeux. Jusqu'au début du xixe siècle, les pianoforte allemands et viennois sont munis de deux jeux : Fortezug (forte) et Pianozug (céleste), actionnés par des genouillères ou des registres. De 1808 à 1840 environ, ils possèdent trois à huit pédales qui actionnent six jeux différents, éventuellement dédoublés : Fortezug (forte), Pianozug (céleste), Verschiebung (una corda), Lautenzug (luth), Fagottzug (basson), Janitscha- renmusik (turquerie). A partir de 1840, le nombre de pédales se réduit à deux Verschiebung (ana corda) et Fortezug (forte).
Pianos à queue français
La facture française, à la fois liée à la facture anglaise sur certains points, et à la fois tout à fait autonome sur d'autres points, présente les caractéristiques suivantes
Meuble. L'évolution du meuble des pianos à queue est nettement plus marquée en France que dans les autres pays. Elle suit assez fidèlement les courants des arts décoratifs, en particulier au niveau de l'ornementation. Le pianoforte de R Taskin est l'unique représentant du style Louis XVI. La production de Sébastien Erard illustre, quant à elle, le style Empire. Après 1830, les lignes et structures assouplies des pianos à queue témoignent du goût nouveau caractéristique du style Louis-Philippe.
Pieds. Le pianoforte de Taskin, de 1788, possède des pieds en carquois, typiques du style Louis XVI. Les témoins postérieurs, de 1801 à 1818, sont munis de pieds tronconiques. Ce type de pied est abandonné vers 1825 en faveur de pieds tournés en balustre.
Clavier. Le clavier de l'instrument de Taskin est identique à celui d'un viennois ou d'un allemand de la même époque. Les témoins ultérieurs possèdent des claviers de type anglais : marches en ivoire, feintes en ébène, frontons moulurés. En 1831, les frontons sont plats, tout comme dans les décennies suivantes. La firme Erard conçoit,
dès 1808, un nouveau genre de «piano en forme de clavecin» dans lequel le clavier est dégagé, visible sur le côté.
Mécanique. Les pianos à queue français sont munis d'une mécanique de type En- glish grand action. En 1822, Sébastien Erard met au point la mécanique à double échappement, associée avec des étouffoirs qui agissent par en dessous des cordes. Cette mécanique constitue la base des pianos à queue modernes.
Tessiture. L'instrument de Taskin de 1788 possède une tessiture de cinq octaves et une seconde, de fa" à so15. Les pianoforte d'Erard datés de 1801 à 1808 ont un clavier de cinq octaves et une quinte, de fa' à do6. Les pianoforte de 1812 et 1818, toujours de la firme Erard, possèdent une tessiture de six octaves, de fa" à fa6, tessiture caractéristique des pianos à queue allemands et viennois. Le Pleyel de 1831 s'étend de do-1 à fa6, couvrant donc un ambitus de six octaves et une quarte. Mais les pianoforte de cette firme des années ultérieures (1838, 1839, 1843) ont un clavier de six octaves et une quinte, de do" à so16, tessiture observée sur des instruments viennois et allemands uniquement et non sur des anglais. La facture française semble donc suivre, sur ce paramètre, l'exemple allemand et autrichien plutôt que l'anglais.
Cordes. En dehors de l'instrument de Taskin qui est bicorde, les instruments français sont tricordes et munis d'arceaux métalliques. Erard semble employer des cordes filées dès 1812, elles remplacent progressivement les chœurs tricordes du registre grave.
Chevalet. Le chevalet est divisé dans les pianos à queue français, excepté dans l'instrument de Taskin.
Jeux. Semblable aux instruments austro-allemands, le pianoforte de Taskin est muni de deux jeux, céleste et forte, actionnés par des genouillères. Au début du xtx° siècle, les pianos à queue de la firme Erard possèdent quatre à six jeux, ce qui semble donc indiquer un goût commun aux facteurs continentaux, pour les variétés de timbre. Les pédales semblent adoptées un peu plus tôt en France qu'en Autriche et en Allemagne, puisque dès 1801, elles sont présentes sur le pianoforte d'Erard. Après 1831, on constate que les instruments français s'alignent sur les anglais et ne sont plus munis que de deux pédales : una corda, forte.
Lorsqu'on observe un piano carré du xviii siècle, son aspect montre qu'il est issu du clavicorde. La caisse est rectangulaire. Le clavier est placé à l'avant-gauche de l'instrument. Les cordes sont tendues d'une part entre les chevilles, situées à droite, le long du petit côté, d'autre part entre les pointes d'accroche situées à l'arrière de l'instrument. Seules la mécanique et la présence d'étouffoirs le différencient du clavicorde.
Notons que les terminologies française, «piano carré», et anglaise, «square pia-no», sont quelque peu inadéquates puisque la caisse de l'instrument est rectangulaire et non carrée. Dans les pays de langue germanique, on parle de Tafelklavier; en Italie de piano da tavola ou piano rettangolare.
Compte tenu de l'importance de leur production, les pianos carrés conservés dans les collections publiques et privées sont plus nombreux que les autres modèles de pianos. Les tableaux synoptiques en annexe reprennent 161 instruments : 54 pro-viennent de Grande-Bretagne (Londres), 28 de France4, 12 de Belgique5, 10 d'Autriche (Vienne), 25 des Pays-Bas6, 31 d'Allemagne7. Un instrument est d'origine indéterminée. L'analyse n'est donc plus restreinte géographiquement à l'Angleterre, la France, l'Allemagne et l'Autriche - comme pour les pianos à queue. A ces pays, viennent s'ajouter les Pays-Bas et la Belgique. Le nombre plus important d'instruments préservés permet également d'avoir une vision diachronique continue de la facture des pianos carrés; sauf en ce qui concerne la facture austro-allemande pour laquelle les témoins relevés datent soit du xvme siècle, soit d'après 1816.
ÉLÉMENTS DÉCORATIFS
Facture anglaise
Piano carré anglais de la fin du xVille siècle
A titre d'exemple, pour illustrer les débuts de la facture anglaise des pianos carrés, nous observerons un instrument fabriqué à Londres, en 1773, par Johannes Zumpe et Gabriel Buntebart. La caisse de ce petit piano carré est rectangulaire et de dimen-sions réduites (16 cm en hauteur, 77 cm avec le piétement, 126 cm en largeur et 47,5 cm en profondeur). Ses angles sont droits, leurs arêtes nettes. Une mouluration en quart-de-rond renversé sépare la caisse de la plinthe légèrement plus large. Le piétement est rudimentaire, formé par quatre montants en pilastre (c'est-à-dire de section carrée constante). Ils sont reliés par une barre d'entretoise. Le meuble est
Parmi ceux-ci, 25 ont été construits à Paris, 1 à Strasbourg, 1 à Versailles et 1 à Dunkerque.
Sur ces 12 pianos carrés, 8 proviennent de Bruxelles, 2 de Mons, 1 de Gand et 1 d'Anvers.
6 La majorité d'entre eux provient d'Amsterdam, 2 ont été fabriqués à La Haye, 1 à Rotterdam, 1 à Utrecht. Un instrument est d'origine hollandaise indéterminée.
Parmi ceux-ci, 7 instruments ont été fabriqués au Wurtemberg (4 à Ulm, 2 à Stuttgart, 1 à Heilbronn), 9 en Saxe (2 à Halle, 1 à Gera, 1 à Leipzig, 1 à Eisleben, 4 à Dresde), 2 en Bavière (1 à Nuremberg, 1 à Munich), 4 en Westphalie (1 à Cologne, 1 à Clèves, 1 à Aix-la-Chapelle, 1 à Barmen), 2 en Schleswig-Holstein (1 à Lübeck, 1 à Hambourg), 2 au Brandebourg (1 à Berlin, 1 à Magdebourg). Enfin, 5 sont d'origine allemande indéterminée. 18. Piano carré, Johannes Zumpe et Buntebart, Londres, 1773. Haags Gemeentemuseum, Ec 131-x-1952.
recouvert d'un placage d'acajou et encadré par un filet sombre de bois de houx. La barre d'adresse en acajou est, elle aussi, délimitée par un filet de bois de houx. Le cartouche, dont la forme est caractéristique des plus anciens pianos carrés, est en sycomore. Il comporte une inscription en caractères gothiques, stipulée en latin Johannes Zumpe Londini Fecerunt 1773/et Buntebart Princes Street Hanover Square. Le clavier de l'instrument possède, comme tous les pianos carrés d'origine anglaises, des touches diatoniques en ivoire et des touches chromatiques en ébène. Les frontons sont moulurés. A l'intérieur de la caisse, à gauche du clavier, on discerne trois registres de cuivre qui permettent de modifier le timbre de l'instrument.
Si l'on compare cet instrument aux pianos carrés anglais postérieurs, de la fin du xvme siècle au début du xixe siècle, on ne relèvera que peu de changements, hormis ceux liés à l'accroissement de la tessiture et des dimensions des caisses. Pour dater les pianos carrés de cette période, il faudra donc nécessairement prendre en considération d'autres paramètres tels que le type de mécanique, les jeux, le cordage, etc.
8 Seul le piano carré de Johannes Pohlmann, fabriqué à Londres en 1773, possède un clavier dont Ica marches sont noires et les feintes, blanches.
I:observation de la barre d'adresse), sa décoration, la forme des cartouches el leur mention se révéleront également utiles. Nous venons de le voir, les plus anciens cartouches sont de forme oblongue, terminés en arc ogival, et cernés par un filet de bois foncé. Ils contiennent une inscription en caractères gothiques, ornée de fins traits souples et libellée en latin. Ils sont centrés sur une barre d'adresse aux angles droits, plaquée d'acajou — par la suite, de bois clairs tels que le sycomore ou le citronnier — et délimitée par un filet incrusté. Si cette forme de cartouche est la plus utilisée jusqu'en 1790; dès 1780, certains pianos carrés anglais possèdent une barre d'adresse peinte de guirlandes de feuilles et de fleurs, ornées de motifs de rubans noués. Les cartouches ont une forme ovale et le texte mentionné est en anglais. A partir du début du xixe siècle, la barre d'adresse sera découpée, de part et d'autre du cartouche, d'ouvertures rectangulairee ornées de motifs en bois sculpté.
Entre les pianos carrés anglais de la fin du XVIIle siècle et du début du xIxe siècle, on notera également une différence au niveau des piétements. En effet, dès 1770, plusieurs pianos carrés anglais possèdent un piétement plus élégant. Il est formé de quatre pieds en gaine reliés soit par un large plateau d'entretoise, soit par deux traverses joignant les montants postérieurs aux antérieurs. L'extrémité des montants est protégée par un sabot de bronze et montée sur une roulette. Dans le prolongement des supports, la ceinture du meuble est ornée de médaillons en bronze ciselé et doré. A partir de 1790 et jusqu'en 1808 environ, seul ce type de piétement — désigné par les termes de French standll — subsiste. Il sera ensuite délaissé en faveur de supports vissés directement dans la caisse. En forme de balustre, ils pourront être simples, godronnés, cannelés, en spirales, ou encore, délimités en facettes.
Piano carré anglais du premier quart du xixe siècle
Malgré ses dimensions plus importantes (largeur : 164,5 cm, hauteur : 23,5 cm, profondeur : 62,5 cm), le meuble du piano carré de John Broadwood & Sons, daté de 1815, conserve un aspect léger. La caisse, recouverte d'un placage d'acajou avec encadrement de palissandre, est séparée de la ceinture, non plus par un filet de bois incrusté, mais par un filet de laiton. Celui-ci semble employé à partir de 1808 environ. Au niveau des supports, l'instrument est soutenu par six pieds tournés en balustre godronné. Ils sont ornés d'un chapiteau de bronze doré et d'anneaux de bois foncé (ébène) et reposent sur des roulettes et des sabots de laiton. La barre d'adresse, en citronnier, est ornée en son centre d'un cartouche ovale, qui porte en lettres noires la mention : 1815/John Broadwood & Sons/Makers to His Majesty/and the Princesses/Great Pulteney Street, Golden Square. Deux ouïes en bois finement sculpté sont disposées de part et d'autre du cartouche.
19. Piano carré, John Broadwood & Sons, Londres, 1815. Musikinstrumenten-Museum des Staatlichen Instituts fuir Musikforschung, Preuftischer Kulturbesitz, Berlin, 4952.
Piano carré anglais du deuxième quart du XIXe siècle
A partir de 1825, l'évolution du meuble des pianos carrés est plus visible; les différences s'accentuent. Si les pieds demeurent en forme de balustre, ils ne sont plus, fin des années 1820, au nombre de six mais de quatre12. La caisse n'est plus cernée par un filet; elle est recouverte d'un placage uniforme. Mais c'est principalement dans l'arrondissement des angles que l'on différencie les instruments postérieurs à 1825 de ceux du xvine siècle et du début du 'axe siècle.
Large de 1,73 m, le meuble du piano carré de John Broadwood & Sons, daté de 1829 environ, a acquis un aspect robuste, relativement lourd. Plaquée d'acajou avec encadrement de palissandre, la caisse est arrondie au niveau des angles postérieurs. Elle est séparée de la plinthe par un rang d'oves et de perles moulurés. La barre d'adresse en palissandre est, elle aussi, arrondie. Les ouïes sont tendues d'un tissu, placé à l'arrière d'un fin grillage de laiton. Le label du facteur est centré dans un rectangle de sycomore, entouré d'un motif végétal et floral en laiton. Il mentionne :
Les plus anciens pianos carrés possédant une barre d'adresse datent des années 1770 environ, années au cours desquelles la facture du piano connaît un réel essor. Avant cette époque, il faut examiner avec attention la table d'harmonie, les sommiers et les bas de caisse qui portent fréquemment une signature.
Elles sont désignées par le terme d'«ouïes».
" C.F. COLT et A. Mun, The Early Piano, London, 1981, p. 152.
12 Seuls quelques instruments ne sont pas pourvus de ce type de supports. Nous avons notamment observé un piano carré signé John Broadwood & Sons, datant de 1830, supporté par quatre pieds tournés en colonne dorique. Selon Claude Kelecom, l'instrument aurait été fabriqué dans le but d'être exporté vers le continent, où ce type de pied était alors à la mode (Propos recueillis lors d'un entretien avec
Claude Kelecom en juin 1988).
20. Piano carré, John Broadwood & Sons, Londres, c. 1829. Haags Gemeentemuseum, Ec 21-1940.
Patent/John Broadwood & Sons/Makers to His Majesty & the Princesses/Great Pul-teney Street, Golden Square/London. L'usage des cartouches rectangulaires et des ouïes grillagées date des années 1820; la barre d'adresse incurvée se rencontre, quant à elle, à partir de 1825. Vers 1830, les cartouches de bois seront remplacés par des étiquettes en papier, portant une mention imprimée.
Facture hollandaise
Piano carré hollandais de la fin du xVllr siècle
Comme l'illustre le piano carré construit par Meincke et Pieter Meyer vers 1790 à Amsterdam, les plus anciens pianos carrés hollandais sont analogues aux pianos carrés anglais de la même époque. La caisse est plaquée d'acajou; un liseré compo-site — c'est-à-dire formé d'une alternance de losanges clairs et foncés — souligne la structure rectangulaire stricte du meuble. Seules de légères différences dans le piétement et la barre d'adresse distinguent cet instrument d'un piano carré anglais. Les plus anciens pianos carrés hollandais sont en effet, comme ce piano carré de Meincke et Pieter Meyer, placés sur un piétement indépendant de la caisse. S'il est pourvu, en apparence, de deux tiroirs, seul un est fonctionnel, l'autre étant postiche. Les montants sont en gaine et de petits médaillons, ciselés en trophée d'instruments, sont placés dans l'axe des montants afin de dissimuler les vis qui consolident le bâti.
21. Piano cané, Meincke Meyer et Pieter Meyer, Amsterdam, c. 1790. Musée instrumental de Bruxelles., 2953.
En ce qui concerne la barre d'adresse, les plus anciens pianos carrés hollandais observés13 présentent une barre d'adresse semblable à celle des pianos carrés anglais de la même époque : plaquée de bois clair, elle porte un cartouche de forme oblon-gue. L'inscription qu'il contient est stipulée en partie en latin, en partie en flamand. Vers 1790, les facteurs adoptent une forme de cartouche ovale, mais la barre d'adresse n'est pas peinte de guirlandes, comme dans la plupart des pianos carrés anglais de la fin du xvme siècle. Plaquée de bois clair, elle est cernée d'un filet aux motifs composites. Jusqu'en 1795, le texte inséré sera toujours partiellement en latin, partiellement en flamand. Le label du piano carré, ici illustré, stipule : Meincke Meyer et Pieter Meyer feceruntlOp't Rokkin te Amsterdam.
Piano carré hollandais du premier quart du XIXe siècle
Si l'on observe le piano carré construit à la Haye, en 1808, par Pieter Fabritius, on constate que la caisse de l'instrument a les angles postérieurs abattus. D'après nos recherches, cette forme de caisse «aux pans coupés» est caractéristique de la facture hollandaise des pianos carrés datés de 1808 à 1830 environ. Ici, les coins du meuble sont ornés d'une colonnette dont la base et le chapiteau sont en bronze doré. La caisse, en acajou, est entourée par un large bandeau de citronnier. Les deux bois sont séparés par un filet aux motifs en zigzag, marquetés en ébène sur fond d'érable. Un filet de laiton souligne l'articulation entre la caisse et la plinthe.
" Il s'agit des pianos carrés construits par Meincke et Pieter Meyer en 1782 et 1786.
25. Piano carré, Gottfried Silbermann, Strasbourg, 1749. Haags Gemeentemuseum, Ec 132-x-1952.
cette pratique jusqu'en 185014, à partir de 1840 environ, les touches des pianos carrés hollandais ont des frontons plats, soit en buis, soit plaqués d'une fine semelle d'ivoire.
Facture française
Piano carré français de la première moitié du Xvie siècle
Le plus ancien piano carré français observé est le petit piano carré de Gottfried Silbermann, fabriqué à Strasbourg en 1749. Il présente une structure rectangulaire. Ses dimensions, liées à la tessiture de quatre octaves et une tierce du clavier, sont réduites (hauteur : 14,5 cm, largeur : 138 cm, profondeur : 50 cm). La caisse est recouverte d'un frisage de noyer savamment disposé, en fougère sur les surfaces extérieures, et en semelle sur les panneaux de l'intérieur du couvercle.
Les marches du clavier sont en sapin plaqué de bois noir, les feintes sont en ivoire. Les frontons sont plats mais l'arrière des touches est finement découpé. Les pianos
14 Parmi les pianos carrés anglais observés, seuls quelques instruments possèdent des frontons plats. Il s'agit des pianos carrés du facteur allemand, Adam Beyer (actif à Londres entre 1774 et 1795) et des instruments suivants : Broadwood & Sons, Londres, c. 1790; Longman & Broderip, Londres, c. 1801.
carrés français postérieurs à cet instrument ont néanmoins, comme les anglais et hollandais, un clavier aux marches blanches et feintes noires; les frontons des touches sont moulurés jusqu'en 1825 environ.
L'instrument de Gottfried Silbermann repose sur des pieds cambrés en «S», séparés de la caisse par un élément cubique placé de biais. Caractéristiques du style Louis XV, ils sont ornés, dans le haut, d'un motif feuillagé et se terminent en une serre d'oiseau posée sur un élément sphérique. La boîte de clé d'accord — située à l'intérieur de la caisse, sur la gauche — est décorée d'une fine marqueterie de cubes sans fond. Meuble de style Louis XV, le piano carré de Gottfried Silbermann an-nonce déjà certaines tendances du «style Transition», notamment par sa décoration agencée symétriquement et l'articulation accentuée entre la caisse et les supports.
Piano carré français de la fin du XvIile siècle
Les témoins français postérieurs à l'instrument de Gottfried Silbermann datent des années 1780. Comme l'illustre le piano carré de 1788, signé Erard Frères, ils sont identiques aux pianos carrés anglais de la même période, si ce n'est au niveau des pieds qui, chez les Français, sont soit en carquois soit tronconiques; l'articulation entre la ceinture et les pieds étant marquée par un rétrécissement. Au début du xixe siècle, seuls les pieds tronconiques seront encore utilisés. Ils seront ornés d'un
27. Piano carré, Pfeiffer, Paris, 1818. Musée instrumental de Bruxelles, 3320.
chapiteau, d'une ou plusieurs bagues, et d'un sabot en bronze doré. Cette forme de support restera à l'honneur jusqu'aux environs de 1815.
La caisse du piano carré d'Erard Frères est en acajou. Elle est cernée par un filet de sycomore et d'ébène; ses angles sont droits. Le clavier aux touches diatoniques blanches et chromatiques noires possède des frontons moulurés. La barre d'adresse, en sycomore, porte un cartouche ovale mentionnant : Erard Frères à Parislrue du Mail, n° 37. De 1780 à 1800, la majorité des barres d'adresse des pianos carrés français est comparable à celle de ce piano. A partir du début du XIXe siècle, le label des facteurs ne sera plus inséré dans un cartouche mais calligraphié directement sur la barre d'adresse; les angles de celle-ci seront arrondis à partir de 1813 environ.
Piano carré français du premier quart du XIXe siècle
Dans le premier quart du )(lx' siècle, les instruments français sont construits dans le goût du style Empire. Le piano carré construit par Pfeiffer en 1818, en illustre l'esthétique. La caisse, dont toute articulation est masquée par le placage d'acajou